« Produire un effet de sidération » : une nouvelle scénographie au Centre de la Mémoire d’Oradour

Les grands travaux avancent bien au Centre de la Mémoire d’Oradour-sur-Glane. En juin prochain, les visiteurs pourront découvrir une scénographie intégralement repensée et renouvelée en tenant compte des dernières enquêtes, dans un bâtiment rénové.

Ouvert depuis vingt-six ans, le centre de la Mémoire d’Oradour est en cours de métamorphose depuis un an pour une réouverture prévue vraisemblablement en juin 2027, le calendrier des travaux étant pour l’heure respecté. Le Département de la Haute-Vienne a souhaité remettre à niveau cet équipement grâce à un investissement de 15,4 millions, l’objectif étant à la fois de rénover le bâtiment et de le moderniser pour améliorer l’accueil et le parcours de visite.

Un village ordinaire entré dans l’histoire

Haut-lieu du tourisme de mémoire, le Centre de la Mémoire d’Oradour plonge ses visiteurs dans cette terrible journée du 10 juin 1944 où la division SS Das Reich prit pour cible le petit village, exécutant 643 innocentes victimes et transformant le bourg en un champ de ruines.

Pour retracer cette tragédie, une nouvelle scénographie interactive va être proposée avec une exposition permanente complètement revisitée par rapport à la précédente. Le nouveau parcours sera décliné en cinq séquences. Le but est de plonger les visiteurs dans la vie de cette bourgade et de ses habitants qui, subitement, sont pris au piège par les nazis. « L’objectif est de répondre aux attentes des visiteurs qui ont souvent exprimé le besoin de connaître la vie d’Oradour-sur-Glane, explique Babeth Robert, la directrice du CMO, c’est pourquoi dans la première salle, on découvrira le village avant le 10 juin 1944, ses habitants et tout ce qui faisait la vie à Oradour avant ce jour. »

Babeth Robert, directrice du CMO, a présenté les principales évolutions de la scénographie © Corinne Mérigaud

De nombreuses photos anciennes stockées dans les réserves du CMO ou prêtées par des familles de victimes du massacre seront dévoilées comme ces fameuses parties de pêche le long de la Glane. « Les habitants n’étaient pas en dehors de la guerre mais ils étaient un peu préservés de certaines choses bien qu’ils connaissaient aussi les restrictions et toutes les contraintes de la guerre, remarque la directrice, beaucoup voyaient des Allemands pour la première fois le 10 juin 1944. »

La nouvelle scénographie présentera la vie à Oradour-sur-Glane avant la tragédie.
© Archives départementales de la Haute-Vienne – cote 46Fi415
Une partie de pêche sur la Glane. © Archives départementales de la Haute-Vienne – cote 46Fi432

En quelques heures, la population est rassemblée, les hommes dans les granges et les femmes avec les enfants dans l’église. Tous sont sauvagement assassinés et quelques rescapés s’en réchappent à l’image de Marguerite Rouffanche, la seule femme sortie en vie de l’église en flammes, Robert Hébras échappé d’une grange et Roger Godfrin, 8 ans, le seul enfant qui a survécu.

Des documents d’enquêtes inédits

Dans la seconde séquence, les visiteurs découvriront les premières photos du village en ruines et des objets collectés sur place. « On veut produire un effet de sidération : après le village vivant, en quelques heures, c’est la barbarie et la destruction totale » précise-t-elle. A 20 heures, le village était anéanti et sa population décimée.

« Après le village vivant, en quelques heures, c’est la barbarie et la destruction totale »  
© Archives départementales de la Haute-Vienne – cote 46Fi425

Des dispositifs audio seront disponibles pour écouter les premiers témoignages de ceux qui ont découvert le village « avec des ressources qui n’ont pas encore été exploitées et communiquées. » Des récits croisés de l’événement seront également révélés, issus des archives du Gouvernement de Vichy, de la résistance et des SS, accompagnés d’images sur la période qui a immédiatement suivi le massacre. « On parlait alors de 1500 morts soit presque la population totale d’Oradour-sur-Glane » note-t-elle.

Premiers témoignages et images, récits croisés… la nouvelle scénographie utilisera des ressources encore inexploitées © Expositif

La troisième séquence se déclinera en deux parties avec tout d’abord, les éléments qui ont nourri les enquêtes et qui n’ont jamais été montrés, les premières enquêtes clandestines et ce qui a permis d’aboutir au procès de Bordeaux en 1953. Des éléments inédits seront donc mis en lumière comme cette enquête d’une historienne allemande. « Elle a travaillé avec le parquet de Dortmund et bénéficié du travail des enquêteurs policiers qui ont fait des relevés sur les impacts de balles dans le village il y a dix ans, révèle Babeth Robert. Une table interactive permettra également de mettre en relation ce massacre avec les autres commis en Europe par la Das Reich. »

La séquence 4 sera constituée de plusieurs maquettes du village et de bâtiments comme l’église, la Poste et le nouveau village que les déficients visuels pourront toucher. Enfin, la dernière séquence sera l’occasion de présenter des productions artistiques (récits, musiques, peintures, sculptures) inspirées par le massacre dont des œuvres signées Picasso et Aragon. Un espace interactif et pédagogique proposera d’interroger des experts pour une mise en relation avec l’actualité.

 Un nouvel accès plus pratique

Un nouvel espace d’exposition temporaire sera aménagé et une seconde entrée créée pour les groupes. L’accès se fera par la façade principale, à l’opposé de l’entrée précédente, avec un nouveau cheminement accessible depuis le parking. L’accueil sera déplacé pour assurer la fluidité des circulations et accéder directement à la galerie des portraits et au village martyr. Les vitrages de la façade ont été changés pour améliorer l’isolation et réduire la facture énergétique.

Intérieur et extérieur, le projet de rénovation concerne aussi bien le bâtiment que la muséographie © Corinne Mérigaud

« Ce n’est pas qu’une rénovation bâtimentaire, on a aussi travaillé sur l’intégration du bâtiment dans le paysage d’Oradour et sur l’actualisation de la muséographie en tenant compte de tout ce que l’on a découvert depuis 1999. » conclut Jean-Claude Leblois, président du Conseil départemental. « Ce chantier devenait indispensable car on a besoin d’un centre de la mémoire et de l’histoire d’Oradour par rapport à la période qu’on traverse en ce moment. » Un constat que partage également Philippe Lacroix, le maire d’Oradour-sur-Glane. « Ce projet symbolise une unité et des valeurs communes qu’on partage dans une année perturbée et de violences. Ce bâtiment est très attendu par les habitants. »

Un projet de modernisation à la hauteur des enjeux historiques que représente ce Centre de la Mémoire d’Oradour. Il faudra encore patienter jusqu’en juin prochain pour pouvoir découvrir ce nouvel espace…

Visiter Oradour 

En attendant la réouverture du Centre de la Mémoire, le village martyr en accès libre et des visites guidées y sont proposées quotidiennement.

Tél . 05 55 430 430

Plus d’informations sur le site officiel Visit Limousin

Corinne Mérigaud
Corinne Mérigaud
Journaliste Actus Limousin

A la une

Plus d'articles