Dans les ateliers de l’ESAT du Moulin du Soleil à Tulle, « la même exigence qu’ailleurs »

Une vingtaine de professionnels ont répondu à la proposition du réseau « Les Entrepreneurs » de Corrèze pour découvrir les compétences des travailleurs de l’ESAT du Moulin du Soleil à Tulle. Une visite qui a bousculé bien des idées reçues…

Au Moulin du Soleil, le linge est lavé à l’ozone, les plats sont mitonnés maison, et les 74 travailleurs accompagnés sur le site n’ont rien à envier à ceux de n’importe quelle autre entreprise. Fin septembre, « les Entrepreneurs » (ex-CPME) Corrèze ont pu le constater de leurs propres yeux, lors d’une visite de l’ESAT de Tulle. L’occasion, pour l’association « Les PEP 19 », de rappeler que plus de la moitié de leur activité est commerciale, au service des professionnels comme des particuliers.

Une association centenaire, une véritable entreprise

« Différents, mais compétents » : c’est le fil rouge du discours de Patrice Noirant, directeur général des PEP19. « Ce n’est pas parce qu’on est en situation de handicap qu’on n’est pas capable de travailler, de produire et d’être rentable pour son employeur », lance-t-il d’emblée.

Patrice Noirant, directeur général de l’association Les PEP 19 © Roland Soulier – PEP 19

 

Membre de la Fédération générale des PEP, l’association fête cette année ses 110 ans et gère aujourd’hui 23 établissements et services en Corrèze : IME, CMPP, CAMSP, office social, et trois ESAT dont le Moulin du Soleil, à Tulle. « Nous sommes des entrepreneurs comme les autres, avec les mêmes problématiques RH, de masse salariale, de vente de nos produits », résume Patrice Noirant.

Francine Ducoffe, co-présidente de l’association, prolonge le propos : « Nous sommes une entreprise de l’économie sociale et solidaire, avec toute la force d’une véritable entreprise, riche de nos différences. » Au Moulin du Soleil, 74 personnes en situation de handicap sont accompagnées, réparties dans sept ateliers : blanchisserie, espaces verts, sous-traitance et conditionnement, restauration collective et entretien des locaux. Les PEP19 proposent aussi de la mise à disposition de personnel directement en entreprise.

74 travailleurs sont accompagnés sur le site du Moulin du Soleil à Tulle © DR / Les PEP 19

 

L’établissement gère aussi deux unités hors les murs : la résidence Les Lucioles, à Tulle, et depuis peu le restaurant du Coiroux, à Aubazine.

Dans les ateliers, la même exigence qu’ailleurs

Au restaurant du Moulin du Soleil, neuf travailleurs préparent chaque jour entre 100 et 150 repas pour 14,50 € le menu complet. Ouvert au public, il accueille aussi bien les salariés du site que les particuliers de passage. Sauces maison, produits de saison, légumes frais autant que possible : Elisabeth et sa monitrice Ethel Olivier veillent à la qualité comme dans n’importe quel restaurant.

Ethel Olivier et Elisabeth veillent à la qualité des produits du restaurant « Le Moulin du Soleil » © Roland Soulier – PEP 19

 

Le travail de l’atelier couture de l’ESAT d’Argentat était exposé lors de la visite : des sacs, des blouses et des pièces uniques, confectionnés à partir de tissus récupérés par ses huit travailleurs. Né il y a un an, l’atelier a participé en 2026 à son premier salon de la seconde main, à Brive. « Ça a mis en valeur le talent de chaque travailleur et travailleuse », se félicite Corinne Claux-Chaudières, directrice de l’ESAT Ateliers de Croisy. Côté conditionnement, Nadine et son moniteur Jean-Michel Claux montrent comment l’atelier emballe des tisanes pour un herboriste local ou glisse des capsules dessicantes dans des bouchons de pots de crème. Aux espaces verts, une vingtaine de travailleurs interviennent chez des particuliers et des entreprises, entretien, taille, création. Pierrick Soulier, responsable de production, souligne la montée en compétences continue : un atelier de réparation de petit matériel (tondeuses, débroussailleuses) doit voir le jour en 2027.

Conditionnement ou couture, les petites mains des PEP19 savent faire bien des choses… © Juliette Jouve Soler

 

Enfin, la blanchisserie industrielle traite environ 8 tonnes de linge par mois, pour un chiffre d’affaires annuel proche de 260 000 €. Le linge y est lavé à froid grâce à un procédé à l’ozone, tracé article par article. Nadine Parfut, responsable de production, et Elisabeth encadrent une vingtaine de travailleurs qui livrent gendarmerie, mairies, écoles et entreprises locales. Tout au long du parcours, une chose frappe : la fierté avec laquelle chaque travailleur présente lui-même son poste et son savoir-faire aux visiteurs.

Avec 8 tonnes de linge traité par mois, l’activité de blanchisserie mobilise une vingtaine de personnes et © Juliette Jouve Soler

Travailler avec un ESAT : comment ça marche

Une entreprise peut confier une prestation à l’ESAT (sous-traitance, espaces verts, blanchisserie, entretien), ou accueillir un travailleur en mise à disposition, seul ou en équipe encadrée. Aurélie Granger, conseillère en insertion professionnelle partagée entre les trois ESAT, fait l’interface entre l’entreprise et l’établissement pour les conventions et le suivi.

Pour rappel, les entreprises de plus de 20 salariés doivent employer 6 % de travailleurs handicapés, ou s’acquitter de la contribution « Obligation d’Emploi des Travailleurs Handicapés » (OETH). Si faire appel à un ESAT ne remplace pas une embauche, cela permet de déduire 30 % du coût de la main-d’œuvre facturée de cette contribution. Les travailleurs, eux, sont rémunérés par l’établissement à hauteur de 12,5 % du SMIC maximum sur l’activité commerciale de l’ESAT, complétés par une aide au poste versée par l’État. L’allocation aux adultes handicapés (AAH) vient complémenter ce revenu.

Parmi les entreprises qui travaillent déjà avec le Moulin du Soleil, on peut citer Silab, Sothys, Solev, l’école de gendarmerie de Tulle ou le CA Brive (entretien extérieur de l’espace Derichebourg).


Le parcours d’Olivier, une passerelle vers l’entreprise

On estime qu’environ 9 % des travailleurs handicapés en ESAT rejoignent, au niveau national, le milieu ordinaire de travail. En Corrèze, ce taux tourne autour de 6 %. Le parcours d’Olivier en est un exemple concret. D’abord mis à disposition pendant deux ans chez Pouquet TP, une entreprise de BTP à Tulle, il s’est vu proposer un CDI à temps partiel au vu de la qualité de son travail. Il partage désormais son temps, une semaine dans l’entreprise, une semaine à l’ESAT. Ce cumul, rendu possible par le décret sur la transformation de l’offre en ESAT, sécurise le parcours à la fois pour le travailleur et pour l’entreprise.

Un message aux entrepreneurs corréziens

« L’engagement qu’on peut trouver chez les travailleurs handicapés, c’est du 100 % », résume Denis Marmottant, Directeur de l’ESAT de Tulle. « Aucune entreprise qui fait l’essai une fois ne veut y renoncer. » Le message des PEP19 tient en une phrase : travailler avec un ESAT n’est pas un geste de charité, mais un échange gagnant-gagnant entre deux entreprises.

Pour plus d’informations ou pour prendre contact avec l’association, rendez-vous sur le site web lespep19.org

Juliette Jouve Soler
Juliette Jouve Soler
Correspondante Actus Limousin

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