Le château de Châlus-Chabrol a été racheté le 16 juillet par un couple de passionnés de vieilles pierres. Les visiteurs pourront franchir la porte à l’occasion de la fête médiévale qu’ils préparent pour les 15 et 16 août.
Depuis des mois, Ika et David Colomine préparent leur arrivée au château de Châlus-Chabrol. Propriétaire du Couvent des Carmes à Mortemart, le couple avait envie d’un terrain de jeu plus grand pour y réaliser son rêve. « On était à l’étroit pour organiser des mariages explique Ika, wedding planner, on cherchait un château plus grand, j’ai toujours eu envie de faire des événements et spectacles confie-t-elle et j’aime beaucoup les vieilles pierres. » Son compagnon David poursuit ce rêve fou depuis longtemps. « On est passionné par les monuments historiques et on aime faire de l’accueil en chambres d’hôtes indique David, depuis tout petit, j’ai ce rêve d’avoir un château qui ne m’a jamais quitté. J’ai entraîné Ika dans mon rêve. »

Le choix de Châlus-Chabrol est un pur hasard, un agent immobilier leur en a parlé. « Il m’a dit qu’il était incroyable. Je connaissais l’histoire de Richard de Coeur de Lion poursuit-il, et dès la première visite, on est tombé sous le charme. C’est un épisode de l’histoire de France et d’Angleterre qui s’est joué ici. » Ils mettront deux ans à réunir le financement nécessaire.
Chambres d’hôtes, mariages et musée
Si Ika et David ont réalisé leur rêve en devenant « châtelains », ils ouvriront bien sûr leurs portes aux hôtes de passage et aux noceurs. Deux chambres d’hôtes sont déjà disponibles, une troisième ouvrira en août puis une quatrième et une sera accessible aux personnes à mobilité réduite. Les premiers mariages sont programmés dès 2027. Dans le même temps, la ville de Châlus construit un village de vacances avec des chalets et des hébergements insolites (80 couchages). D’ici là, le château ouvrira aussi ses portes à tous pour les Journées du Patrimoine, Halloween et Noël.

Un musée rendra hommage au roi et s’étoffera chaque année davantage. Au départ, des objets historiques seront présentés dans quelques salles. « C’est un projet étape par étape qui privilégiera l’authenticité du lieu et la qualité des contenus plutôt qu’une réalisation artificielle ou précipitée précise Ika, nous avons travaillé sur la vie de Richard de Coeur de Lion avec des historiens et l’aide de Yves Aubard, auteur de « La Saga des Limousins ». » Des panneaux retraceront son histoire et celle de sa mère Aliénor d’Aquitaine. Ils voudraient reconstituer la tenue du roi quand il est arrivé au château et une scène surprise est prévue. Le couple va installer une table d’orientation en haut de la tour et proposer des séquences vidéo NFC sur téléphones portables pour le jeune public. « L’objectif est de proposer l‘été prochain un festival médiéval sur toute la ville donc cette fête est un test » annonce Ika.
Des chevaliers et des Vikings, les 15 & 16 août
A peine arrivés, Ika et David sont déjà à pied d’oeuvre ! Ils finalisent la préparation de la fête médiévale, les 15 et 16 août, avec des troupes spécialisées. « Les Chevaliers à la Licorne seront là avec huit tentes, on a déjà travaillé avec eux à Mortemart signale David, ils présenteront des armes de guerre d’époque, la fabrication de chasses reliquaires et d’une cotte de maille, la frappe de monnaie, etc… ». Quant à la troupe « Les dix lunes », elle installera un camp scandinave du IXe siècle avec trois temps forts par jour : le repas des Vikings, les contes et légendes et la fabrication traditionnelle de tissus.

Basé à Limoges, le « Cercle des LAHME » proposera des démonstrations et initiera enfants et adultes aux combats à l’épée avec protections en mousse. Enfin, les crieurs de rue de « En compagnie d’Alix » guideront les visiteurs. Un marché médiéval artisanal et gastronomique sera en place les deux jours. Sans oublier un stand d’arbalètes, des jeux en bois (catapulte, lance galets…) en accès libre et des baptêmes en poney le dimanche.

Une histoire agitée
A Châlus, un château peut en cacher un autre. Si le plus connu est Châlus-Chabrol, il en existe un second Châlus-Maulmont. Le plus ancien est celui qui appartenait aux Chabrol, un seigneur fidèle aux Vicomtes de Limoges dès l’An Mil. Un site qu’a étudié l’historien Christian Rémy. « Une dizaine de chevaliers vivaient également dans l’enceinte et tenaient les fiefs aux alentours. Une bourgade avec hôpital et four seigneurial s’est donc logiquement formée le long de la rue menant au haut château (Châlus-Chabrol). […] Ce dernier comprend aussi un donjon circulaire… Visible de loin avec ses 37 m de hauteur à l’origine, le dernier étage s’est effondré en 1870 et le soubassement est pris dans 6 m de remblais. Cette tour se compose d’un cul-de-basse-fosse et de trois étages voûtés en coupole et reliés par des escaliers intra-muros ».
Cependant, un doute plane sur cette tour. « On n’est pas sûr que ce soit bien celle d’où a été tirée la flèche qui a tué Richard signale-t-il, car il y a de fortes probabilités pour que cette tour ronde résulte d’une construction au début du XIIIe mais on a du mal à la dater précisément. »

Richard Coeur de Lion pour cible
Ce château marqua toutefois la fin prématurée de Richard Coeur de Lion après dix ans de règne. Fils d’Henri II Plantagenêt, roi d’Angleterre, et d’Aliénor d’Aquitaine, il devient Comte du Poitou en 1773, vaste territoire qui s’étend du Poitou aux Pyrénées incluant le Limousin, l’Angoumois et le Périgord. Plusieurs fois, il ira mâter la rébellion de barons dont celle des Vicomtes de Limoges, maîtres de Ségur et de Châlus, et des Lastours et Born détenant Lastours, Pompadour et Hautefort. En 1182 et 1183, les mercenaires du roi interviendront dans les environs de Pompadour. A la tête de son armée, il viendra à Châlus-Chabrol en mars 1199.
« Alors qu’il s’approche de la tour principale (sans doute un donjon à contreforts aujourd’hui disparu), défendue par les chevaliers Pierre Brun et Pierre Basile, le roi est touché à l’épaule par un carreau d’arbalète » relate Christian Rémy. La plaie va s’infecter, il agonisera dix jours avant de décéder le 6 avril alors que « Le château est pris et détruit par les assiégeants. » Il souhaita être inhumé à l’abbaye de Fontevraud, que son coeur soit déposé à la cathédrale de Rouen et ses entrailles enterrées sous la chapelle du château de Châlus-Chabrol. « Ni les prospections des années 1930 et les sondages de 1995 n’ont permis de retrouver ces organes royaux sous la chapelle du château très perturbée aux XVIe et XVIIe siècles » conclut l’historien.
Vers 1265, Châlus-Chabrol est attaqué par des seigneurs du Périgord qui revendiquaient l’héritage des Chabrol. Le capitaine vicomtal est tué. Son frère Géraud de Maulmont obtient en dédommagement du roi de France une forte somme qui a pu servir à bâtir à Châlus-Maulmont. Il va engager la reconstruction de Châlus-Chabrol avec « un logis gothique muni de latrines, de baies géminées et une tour circulaire à archères cruciformes signale-t-il, le projet qui présentait de nombreuses analogies avec Châlucet, n’a sans doute pas été mené à son terme. »
Juriste du Roi de France Philippe Le Bel, Géraud de Maulmont (mort en 1299) a aussi construit le château haut de Châlucet. « Ce sont les mêmes techniques, les mêmes équipes. Et cela fait connexion avec le château bas de Châlus-Maulmont qui est plus ancien, vers 1270. Il a systématisé cette construction partout ensuite. On le voit à Courbefy, à Bourdeilles en Dordogne et il est probablement le constructeur du château de Montfort en Bourgogne très bien conservé. On a un dossier historique montrant qu’il était seigneur de ces endroits. »
Les deux châteaux vont revenir en 1317 à Henri de Sully, conseiller du roi Philippe V. Les La Trémoille en deviennent les seigneurs à la fin du XIVe, puis les d’Albret durant tout le XVe siècle. jusqu’en 1531, lorsque le mariage de l’héritière d’Albret porte le domaine aux Borgia, famille italienne tristement célèbre. En 1591 le château de Châlus-Chabrol sera endommagé par des tirs de canon et restauré au XVIIe par Louis de Bourbon. Les révolutionnaires feront partir les Bourbon qui reviendront puis restaureront la forteresse aux XIXe et s’en sépareront à la fin du XXe.
1ère Fête médiévale 15 et 16 août de 10 h à 19 h
Tarif : 6 € avec accès au musée
Pré-vente : 5 € sur le site domainedechaluschabrol.com
Sources : Christian Rémy « Autour de Richard Coeur de Lion. Itinéraire, Limoges » 2010. Wikipédia.


