À Saint-Just-le-Martel, l’humour est une affaire sérieuse ! Depuis plus de 40 ans, on y défend le dessin de presse, la liberté d’expression et un regard critique sur notre société. Deux expositions sur Loup et Dobritz sont à y découvrir cet été.
À Saint-Just-le-Martel, les panneaux de rue vous décrochent déjà un sourire. Ici, jeux de mots et clins d’oeil dessinés s’affichent jusque sur les murs. Ce petit village limousin abrite en effet le Centre international de la caricature, du dessin de presse et d’humour, un lieu unique en France qui fête cette année ses quinze ans dans ses locaux actuels… mais dont l’histoire remonte bien plus loin. Expositions, ateliers, parcours Terra Aventura, sans oublier évidemment la 45ème édition du salon international : il y a largement de quoi rire… et réfléchir.
Un petit village devenu une référence internationale
Tout commence en 1982. À l’époque, le foyer des jeunes de Saint-Just-le-Martel cherche simplement une animation pour dynamiser ce village d’environ 3 000 habitants. Avec le soutien de Gérard Vandenbroucke1, jeune conseiller municipal, naît une idée un peu folle : organiser un salon consacré au dessin d’humour.

L’idée séduit immédiatement et toute la commune se mobilise. Les habitants hébergent les dessinateurs, les bénévoles s’investissent, l’événement prend de l’ampleur. Dès 1983, une association est créée pour organiser ce qui deviendra le Salon international du dessin de presse, rendez-vous incontournable organisé chaque année du dernier week-end de septembre au premier week-end d’octobre.
Au fil des décennies, le salon devient un lieu de défense de la liberté d’expression et du dessin de presse dans le monde entier. En 1987, naît le célèbre « Prix de l’Humour Vache », clin d’œil aux limousines, imaginé notamment par Michel Polac et les dessinateurs de Rebuts de Presse de l’émission Droit de réponse. Et depuis 2011, le dessin de presse et d’humour est à l’honneur toute l’année à Saint-Just-le-Martel grâce au Centre international qui accueille des expositions dans l’Espace Loup, organise des ateliers, animations et stages, et conserve des collections d’ouvrages et de dessins originaux.
Deux expositions pour rire… et réfléchir
Jusqu’au 14 août, le centre propose deux expositions. La première est justement consacrée au dessinateur Jean-Jacques Loup et à ses multiples talents. Dessinateur, architecte, pianiste de jazz… il laissa traîner ses crayons dans de nombreux journaux (L’Express, Le Nouvel Obs, Marianne…) et magazines comme Fluide Glacial ou Charlie Mensuel, et réalisa également des calendriers, des puzzles et que sais-je encore. Fidèle du salon dès les années 80, il a contribué à sa notoriété et sa reconnaissance.


La seconde exposition est consacrée à Jean Dobritz. Dès les premières planches de « Dobritz jette l’encre et l’amer » on retrouve ce qui fait sa signature : des dessins qui jouent avec les mots autant qu’avec les idées. Écologie, monde du travail, société… tout y passe avec une ironie aussi fine qu’efficace.

Né à Perpignan en 1956, Dobritz a collaboré avec plus d’une centaine de journaux, parmi lesquels Le Figaro, où il publiera pendant près de trente ans, mais aussi La Croix, Télé 7 Jours ou encore Témoignage chrétien. Plus de 30 000 dessins ont été publiés au cours de sa carrière. J’ai particulièrement aimé prendre le temps de regarder certaines planches : on croit avoir compris la blague… puis un second détail apparaît et tout prend un autre sens.
L’émotion est également au rendez-vous avec la reconstitution du bureau de Georges Wolinski, installé grâce à une donation de son épouse Maryse. Le célèbre dessinateur, figure incontournable du dessin de presse français, a été assassiné lors de l’attentat contre la rédaction de Charlie Hebdo le 7 janvier 2015. Plus qu’une simple reconstitution, ce bureau est devenu un véritable lieu de mémoire, rappelant combien le dessin de presse est intimement lié à la liberté d’expression.

Un centre vivant tout l’été
Le Centre international ne se contente pas d’accrocher des dessins aux murs. Tout au long de l’année, il accueille les scolaires, centres de loisirs, établissements médico-sociaux, et propose de nombreuses animations. D’ailleurs l’association est tournée vers la jeunesse et met d’abord l’accent sur la formation des plus jeunes à la liberté d’expression, la lecture d’un dessin, etc. « L’école des Justins », destinée au 9-16 ans, organise des ateliers avec des dessinateurs de presse et des caricaturistes pour former la jeune génération du dessin d’humour.

Cet été, les visiteurs pourront également partir à la découverte d’un Terra Aventura entièrement consacré au dessin de presse, une première ! Une manière originale de parcourir le village tout en découvrant les nombreuses œuvres disséminées dans Saint-Just-le-Martel.

Et puis il y a bien sûr LE prochain grand rendez-vous : le Salon international du dessin de presse, dont la 45e édition se tiendra du 26 septembre au 4 octobre 2026. Avec près de 180 bénévoles mobilisés chaque année, il reste aujourd’hui l’un des événements majeurs consacrés au dessin de presse dans le monde.

En ressortant du centre, je me suis dit qu’on venait surtout ici pour sourire… mais qu’on repartait aussi avec matière à réfléchir. Et c’est peut-être ça, finalement, la force du dessin de presse : réussir à faire passer une idée en un seul coup de crayon.
Infos pratiques
Adresse : Espace Loup, 7 route du Château d’eau 87590 Saint-Just-le-Martel
Site web : centredessinpresse-stjust.com
Horaires d’ouverture : du lundi au vendredi de 9h à 12h et de 13h30 à 17h
Tarifs : de 4 à 6 euros
45e Salon International de la Caricature, du Dessin de Presse et d’Humour du 26 septembre jusqu’au 4 octobre 2026
1 : Gérard Vandenbroucke (1948 – 2019) était un homme politique local. En 1982, il initia le fameux « Salon international du dessin de presse et d’humour » de Saint-Just-le-Martel et contribua à la concrétisation du Centre International de la Caricature, du Dessin de Presse et d’Humour. Maire de sa ville pendant 25 ans, il fut aussi vice-président puis président de Limoges Métropole et du Conseil Régional du Limousin, avant de devenir premier vice-président du Conseil Régional de Nouvelle-Aquitaine.


