L’artiste plasticien Denis Bulot a caché une multitude de « bestioles » dans les 17 salles du Musée René Baubérot de Châteauponsac pour mettre en relief aussi bien le patrimoine du musée que la biodiversité. Exposition à découvrir jusqu’au 26 septembre.
Depuis quelques jours, le musée Baubérot est habité par une faune venue s’inviter dans le décor des collections. Il s’agit d’une exposition signée Denis Bulot et intitulée « Lapalissyades dialogue entre patrimoine et création contemporaine » qui ne vous laissera certainement pas indifférent. On pourrait presque imaginer que ces animaux prennent vie dès les visiteurs partis tant leur réalisme est saisissant. Si vous redoutez de croiser un serpent dans la nature, la visite s’annonce redoutable. Pareil si les oiseaux vous font sursauter au premier coup d’aile. Ceux-là sont tous inoffensifs ! N’ayez donc crainte ils resteront parfaitement immobiles.

Certains sont bien cachés dans le décor qu’il faut y regarder à deux fois, voire trois pour les repérer. « J’en ai caché plusieurs centaines, des lézards, des grenouilles, des poissons, des papillons, des crabes, des scorpions… L’idée est d’alerter, d’obliger à regarder le patrimoine et à observer ces animaux. On est dans un monde où on zappe, où on ne regarde plus mais ici, on est obligé de regarder ce qui est en train de disparaître en Limousin. »
Avec ces bestioles dissimulées dans les vitrines, le plasticien voulait délivrer un message en faveur de la biodiversité. Il regrette que 187 espèces aient déjà disparu tandis que 2430 sont menacées d’extinction à un plus ou moins longue échéance. Denis Bulot nous invite à cette chasse aux trésors pour retrouver les spécimens qu’il a cachés dans les différentes salles. Un moment ludique pour s’amuser en famille ou entre amis qui permet de découvrir ou redécouvrir autrement ce musée.
Inspiré par Palissy et La Palice
Ces « Lapalissyades » sont nées de la rencontre entre deux artistes : Bernard Palissy, connu pour ses moulages naturalistes d’animaux dans des céramiques et Jacques de La Palice, qui a donné son nom aux lapalissades, des évidences. L’objectif de Denis Bulot est simple : montrer tout en cachant. C’est un jeu véritable de piste ludique pour tenter de les apercevoir. Avec ses Lapalissyades, lancées dès 2000, il a voulu explorer les frontières entre le vivant et l’artifice, entre la présence et la représentation.
Le plasticien a choisi le musée René Baubérot en passant devant l’ancien panneau, à l’entrée de la ville, où était signalé un « musée vivant ». En poussant la porte à plusieurs reprises, il a apprécié la richesse et la diversité des collections qui restituent un monde disparu. Les mannequins, le parti-pris des mises en scène, les moulages et les répliques qui restituent la vie de nos ancêtres l’ont subjugué. « C’est vraiment un musée vivant et il y a un côté musée Grévin remarque-t-il, j’aime beaucoup la restitution et la mise en scène des actions qui n’existent plus avec tous ces personnages. »

Les animaux factices qu’il a créés n’imitent pas la nature mais ils se confondent avec les objets des riches collections patrimoniales du musée. La peinture crée l’illusion parfaite à l’image des animaux qui se fondent dans leur environnement pour échapper à leurs prédateurs. Comme ce musée conserve une trace d’un passé révolu, effacé à jamais de nos regards, les Lapalissyades posent la question du rapport au vivant et surtout à sa lente et probable disparition.

« Palissy mettait la nature dans les plats en posant le problème du monde animal, signale-t-il, il décorait aussi des bassins avec des moulages de lézards et de crapauds. Il mettait le négatif en positif pour le faire voir. Avec les Lapalyssyades, le but est de considérer que la seule façon d’exister est de devenir un objet patrimonial, tout en restant très léger en évitant l’effet dinosaure. » Entre doute et découverte, où se cache le faux du vrai ? A vous de le découvrir.
Un bâtiment qui a traversé le temps
Hébergé dans l’ancien prieuré bénédictin du 14e siècle de l’église Saint-Thyrse sur les hauteurs du bourg, le musée Baubérot mérite un détour. Depuis fin 2024, sa gestion est assurée par la municipalité mais il date de 1943, créé par René Baubérot de l’association « Notre Terroir ». La première collection avait été déposée dans une salle de l’Hôtel de Ville. Le musée a emménagé en 1957 dans l’une des salles de l’ancien prieuré.

En 1963, René Baubérot en devient le conservateur et les collections vont s’enrichir au fil des décennies grâce à des achats, des dons, des découvertes archéologiques locales et des collectes de documents et d’objets de la vie quotidienne. Le prieuré sera rénové pour installer le musée dans 17 salles.
« Les bénévoles de l’association ont conquis progressivement les espaces du lieu et dans les années 70 et 80, le musée a pris le parcours que l’on voit maintenant » précise Hortense Denis, chargée des collections. La reconnaissance officielle est arrivée en 2003 avec l’obtention du label Musée de France. Repris depuis deux ans par la municipalité, l’ambition est de lui redonner le dynamisme culturel dans le cadre d’un projet de centre culturel. L’association perdure sous le nom des « Amis du musée Baubérot » et accompagne les missions du musée à savoir, sauvegarder le patrimoine, transmettre une mémoire et mettre la culture à la portée de tous.
Une machine à remonter le temps
Depuis ses origines, l’archéologie est en bonne place au musée Baubérot avec des outils de la Préhistoire découverts en Dordogne ainsi que des pièces retrouvées localement comme un polissoir ou des haches. Suite à deux découvertes successives à La Bussière-Étable à Châteauponsac, la période gallo-romaine des 2e et 3e siècles est abondamment représentée et ravira les amateurs. La découverte d’un habitat gallo-romain en 1961 a permis d’enrichir les collections de céramiques, d’outils et d’objets de la vie quotidienne comme des bijoux et un dé à jouer. Plusieurs salles sont consacrées au patrimoine et à l’histoire locale avec des éléments d’architecture et des sculptures du château de Ventenat et de l’église Saint-Pierre à Châteauponsac. La vie religieuse est représentée au travers d’objets d’art et de sculptures comme de jolis bustes-reliquaires polychromes du 17e découverts dans l’église Saint-Thyrse.
Les visiteurs verront aussi la reconstitution d’une maison de gens modestes avec tous les objets d’époque. Des outils agricoles relatent également l’importance des travaux champêtres et des cultures qui nourrissaient les familles avec le travail du meunier, la fabrication du vin et de l’huile. Des métiers d’autrefois sont restitués comme le travail du bois, de la pierre, du métal, la vannerie, la cordonnerie ou encore l’atelier de la couturière. Deux maquettes au 1/10ème d’une batteuse et d’une scie forestière ont été récemment installées. Des vitrines sont aussi consacrées à la photographie et à l’horlogerie avec de remarquables objets.

Une belle collection de vêtements portés tous les jours ou réservés aux cérémonies dévoilent les différences sociales entre personnes de condition modeste et bourgeoisie. Enfin, le musée abrite une riche collection de pierres, fossiles, coquillages et minéraux découverts en Haute-Vienne ou glanés dans le monde entier.

Informations pratiques
Ouvert en juillet et août, du mercredi au dimanche et jours fériés de 10h à 13h et de 14h à 18h, et du 1er au 26 septembre, du mercredi au samedi de 14h à 18h.
Tarifs
Plein tarif : 6 € / Tarif réduit : 3 € / Gratuit : pour les moins de 6 ans
Plus d’infos sur le site museechateauponsac.fr
Des visites commentées ont lieu chaque jour à 14 h, autour de différentes thématiques : La pause histoire, La vie en Limousin, Les métiers oubliés et les personnalités de Châteauponsac.
Chaque mardi de 14 h à 16 h, le musée se transforme en véritable terrain d’aventure pour les 6 à 12 ans avec Les Amis du Musée Baubérot et leur animation ludique mêlant enquête et créativité (sur réservation). Objectifs : rechercher un objet mystérieusement disparu, résoudre des énigmes et fabriquer son propre kit d’espionnage.
Des visites historiques de Châteauponsac sont également proposées les 6 et 20 août avec départ à 10 h 30 devant la mairie (Gratuit, réservations obligatoires).


