Une journée… dans les pas de George Sand, dans le Nord-Est de la Creuse

Direction le nord-est de la Creuse. De Chambon-sur-Voueize à Boussac, on vous emmène en balade en terres creusoises sur les traces de George Sand, alors que l’on commémore les 150 ans de sa disparition en cette année 2026.

Pour débuter notre voyage, on vous propose de dresser une carte postale. Installez-vous et contemplez au premier plan, cette petite rivière claire qui s’écoule doucement. Il s’agit de la Voueize. Ensuite, juste au-dessus, admirez le pont roman construit au XIVème ou XVème siècle. Ses trois arches en pierre de granit se reflètent dans la rivière et ont été une inspiration pour de nombreux peintres. Enfin, à l’arrière-plan, les vieux toits couverts de petites tuiles, brunies par le temps, qui se dégagent. Bienvenue à Chambon-sur-Voueize, seule commune de Creuse classée parmi les « Plus beaux villages de France ». Pour couronner le tout, le village s’est aussi classé 3ème dans l’émission « Le Village Préféré des Français 2014 » présentée par Stéphane Bern.

Le pont roman du petit village du Chambon-sur-Voueize © Marytog – stock.adobe.com

Ce qui fait le charme de ce petit bourg, c’est son patrimoine. On se plaît à flâner dans les rues étroites et tomber sur l’impressionnante Abbatiale Sainte-Valérie, construite entre les XIème au XIIIème siècle. On dit que c’est l’« un des plus vastes édifices de style roman limousin », classé Monument Historique en 1844. À l’intérieur, on y trouve notamment le buste reliquaire de Sainte Valérie (Valérie de Limoges, une sainte catholique céphalophore). Les jardins devant cet immense édifice invitent au repos et à la contemplation. Chambon-sur-Voueize et ses 870 âmes sont le point de départ de cette balade dans le méconnu nord-est creusois.

L’Abbatiale Saint-Valérie du Chambon-sur-Voueize, « l’un des plus vastes édifices de style roman limousin » © Jérémy Truant

Les Pierres Jaumâtres, improbable site naturel

Continuons en montant un peu plus haut dans ce territoire. Avez-vous déjà entendu parler des Pierres Jaumâtres ? Situé au sommet du Mont Barlot (près de 600 mètres d’altitude) à Toulx-Sainte-Croix, ce chaos granitique formé d’une quarantaine de pierres a inspiré Chopin et George Sand. « Ces blocs posés comme des champignons gigantesques sur leur étroite base, ce sont les menhirs, les dolmens, les cromlechs des anciens Gaulois, vestiges de temples cyclopéens… », écrit d’ailleurs la romancière dans Jeanne en 1844.

« ce sont les menhirs, les dolmens, les cromlechs des anciens Gaulois, vestiges de temples cyclopéens… »  © Jérémy Truant

Le chemin, d’une dizaine de minutes de marche, sillonne dans la forêt et on tombe nez-à-nez sur ces fameuses pierres disposées un peu partout sur le sommet de ce mont. Parfois posées en équilibre, on a du mal à comprendre comment elles sont arrivées ici et comment elles tiennent, aussi. C’est l’érosion du temps qui a formé ces dispositions de rochers improbables et parfois bien mystérieuses. Comme partout en Limousin, ce site géologique a inspiré l’imagination de nos ancêtres et les légendes ne manquent pas. On les imagines rien qu’à la lecture des noms donnés à ces pierres : « L’autel des sacrifices », « les pierres du Dieu du Tonnerre », « La Bascule », « Les Pains de sucre » … Le nom « Jaumâtres » vient aussi d’une légende. Il viendrait du mot « Mâtres », qui signifierait « des fées » qui venaient se baigner et danser autour des sources chaudes qui jaillissaient du site …


Les tribulations d’une écrivaine en Creuse

Arrêtons-nous un instant sur l’histoire qui lie l’écrivaine – disparue il y a tout juste 150 ans – au département limousin. Si elle est surtout associée au Berry, elle découvre la Creuse au milieu du XIXe siècle en voyageant avec son compagnon Alexandre Manceau, originaire de la région. Séduite par la beauté sauvage de la vallée de la Creuse, ses rivières, ses rochers et ses villages paisibles, elle séjourne notamment à Crozant et … à Boussac, au château, à l’époque en mauvais état.

Un portrait de Georges Sand par Auguste Charpentier en 1838

George Sand s’y intéresse immédiatement, fascinée par son atmosphère et par les tapisseries de La Dame à la licorne qui y sont conservées. Elle contribue largement à faire connaître ces œuvres en les décrivant dans ses écrits (« La plus belle décoration de ce salon était sans contredit ces curieuses tapisseries énigmatiques que l’on voit encore aujourd’hui dans le château de Boussac, et que l’on suppose avoir été apportées d’Orient par Zizime […] Ces tableaux ouvragés sont des chefs-d’œuvre, et, si je ne me trompe, une page historique fort curieuse. ») et aussi en y invitant Prosper Mérimée, écrivain et inspecteur général des Monuments Historiques.

Le Château de Boussac © Richard Semik – stock.adobe.com

L’impressionnant château de Boussac

Aujourd’hui, seule une reproduction de cette œuvre subsiste dans le château de Boussac (les originales étant au Musée de Cluny à Paris). Bernadette Blondeau est la propriétaire depuis 60 ans. Elle nous ouvre les portes. « En 1965, avec mon mari (Lucien, décédé en 2016, ndlr) nous sommes tombés amoureux de ce château qui était totalement à l’abandon par le Département de la Creuse, nous l’avons racheté et avons campé dedans des années tout en essayant de le restaurer », raconte l’octogénaire.

Bernadette Blondeau et son mari ont racheté le château de Boussac, cher à George Sand en 1965. Pendant des années, ils y ont campé tout en essayant de le restaurer © Jérémy Truant

D’année en année, le couple va rouvrir des salles et faire visiter ce monument emblématique qui a été détruit, reconstruit puis embelli, reconverti en sous-préfecture, gendarmerie, annexe du champ de foire où auraient été parqués les cochons… En traversant les pièces, on y découvre une collection de tapisseries anciennes et des tapisseries de Dom Robert. Les salles ont été remeublées avec goût par le couple et on trouve aussi une collection unique d’objets anciens comme cette insolite pièce dédiée aux cannes que Bernadette Blondeau a pris le temps de chiner au fil de sa vie. Des cannes donc, mais aussi des bénitiers et toute sorte d’objets … « Regardez, ça c’est un canon méridien. C’est de là que vient l’expression « Midi pétante » ! ». Placée avec précision, une loupe provoquait la mise à feu de la petite mèche de ce canon à… midi pétante !


Bernadette et Lucien Blondeau ont réouvert et remeublé les différentes salles du château © Jérémy Truant

Parmi les objets insolites à découvrir au Château de Boussac : ce canon « midi pétante » ! © Jérémy Truant

La chambre de George Sand est bien sûr aussi à découvrir avec son balcon qui domine la rivière de la Petite Creuse. Et Bernadette Blondeau de citer, comme une conclusion à cette visite : « George Sand a dit un jour : Boussac ne peut pas laisser indifférent par la diversité de ses époques. » Indifférents à cette virée creusoise, nous ne le sommes pas non plus.

Le Château de Boussac ​est à découvrir au travers de visites guidées, tous les jours de Pâques à la Toussaint. Pour plus d’informations, rendez-vous sur le site chateaudeboussac.com

Jérémy Truant
Jérémy Truant
Journaliste Actus Limousin

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