En attendant le Tour… On a reconnu les 185 km de l’étape 100 % Corrèze : ça va être grandiose !

Une étape 100 % Corrèze, une traversée unique du département du sud jusqu’au nord, une grande fête populaire sur tout le territoire … La journée du 12 juillet qui verra l’étape 9 du Tour de France arriver à Ussel sera sans nul doute historique !

Parcourir le tracé de la neuvième étape du Tour de France 2026, c’est un peu s’offrir une visite assez complète du territoire Corrézien. Forcément, avec une étape annoncée 100 % Corrèze depuis des mois, on se doutait que la Grande Boucle allait passer par les quatre coins du département. « La Corrèze attend le Tour depuis très longtemps. Puisque nous revenons, il y avait la volonté de faire quelque chose de fort, pour donner de la fierté aux Corréziens », a d’ailleurs souligné Christian Prudhomme, le directeur du Tour de France il y a quelques semaines au sommet du Mont Bessou à Meymac.

Ce sommet, le « Toit du Limousin », nous allons le découvrir en fin d’étape. Mais avant cela, il y a quelques côtes à passer, quelques villages à traverser … On a enfilé le cuissard, le casque, on a démarré la montre pour enregistrer le tracé, et on est parti en reconnaissance !

Le profil de l’étape 100% Corrèze du Tour de France 2026 © Tour de France

Kilomètre 0. Malemort. Une grande borne posée sur le trottoir symbolise ce qui sera la ligne de départ que franchiront les coureurs à 13 h 35 le dimanche 12 juillet prochain. C’est ici à Malemort, dans cette petite ville (qui a tout d’une grande) que débutera le spectacle. La première longue ligne droite longe la rivière Corrèze comme un symbole et nous emmène jusqu’à Brive-la-Gaillarde, l’occasion de s’échauffer et « faire dérouler », comme on dit dans le jargon.

La 9ème du Tour de France 2026 s’élancera de Malemort à 13 heures © Jérémy Truant

Très vite, le circuit s’enfonce dans la campagne à la rencontre de deux joyaux corréziens : Turenne et Collonges-la-Rouge, deux des six communes labelisées « L’un des plus beaux villages de France » (avec aussi Beaulieu-sur-Dordogne, Curemonte, Saint-Robert et Ségur-le-Château). À quelques encablures de Turenne, les tours du majestueux château posé sur son éperon rocheux nous appellent déjà, à l’horizon. Pour l’instant, les jambes tournent encore comme lors d’une étape de transition, mais les choses sérieuses approchent. Un peu plus loin, après avoir laissé derrière nous le village perché, le grès rouge s’impose.

Kilomètre 21,5. On approche de Collonges-la-Rouge, la bien nommée. Le paysage change brutalement. Le village doit sa couleur si particulière au grès rouge qui compose la quasi-totalité de ses maisons, une pierre riche en oxyde de fer extraite localement. Avec plusieurs centaines de milliers de visiteurs chaque année — les estimations oscillent entre 500 000 et 700 000 selon les sources — Collonges-la-Rouge est le site le plus fréquenté du département. Le 12 juillet prochain, la petite cité médiévale rouge devrait joliment ressortir sur les écrans des téléspectateurs des 190 pays dans lesquels le Tour de France est retransmis.

Malheureusement pour eux, les coureurs n’auront pas le loisir de flâner dans les ruelles de Collonges-la-Rouge ! © Romann RAMSHORN – Corrèze Tourisme

Sérilhac, Lanteuil … les villages, décorés aux couleurs de la Grande Boucle, défilent sous nos yeux.

Kilomètre 44,5. Beynat. Nous arrivons dans le bourg de Beynat, berceau du célèbre « cabas ». C’est ici que se disputera le sprint intermédiaire, sur les terres de Pascal Coste. Ancien maire de la commune et figure politique du département, le président de la Corrèze a débuté son parcours dans ce canton au cœur du midi corrézien. Pour nous, chez Actus Limousin, pas de sprint, on se contente de traverser la ville, et de filer vers le nord. D’ailleurs, c’est l’occasion d’une petite analyse sportive. Le « patron du Tour » Christian Prudhomme a promis une étape corrézienne « taillée pour les baroudeurs », il n’est donc pas certain que les purs sprinteurs aient leur mot à dire lorsque le peloton déboulera dans les rues de la commune…

Kilomètre 66. Tulle. Nous avons quitté le midi corrézien et une grande descente nous plonge dans la ville aux sept collines, celle de l’accordéon et celle d’un ancien président de la République, aussi. On retrouve les eaux de la Corrèze que l’on longe quelques kilomètres, juste le temps de se rendre compte que, en regardant partout autour de nous, ça va quoi qu’il arrive grimper fort dans les tous prochains kilomètres !

Kilomètre 77. On a quitté la préfecture de la Corrèze pour s’attaquer à la première difficulté du parcours : la Côte de Naves. On monte tranquillement mais sûrement les 200 mètres de dénivelé qui nous amènent jusqu’à l’entrée de la petite ville de Naves, là où est annoncée la « fan zone » officielle le jour J. Pas le temps de s’arrêter boire une bière aujourd’hui (on verra le 12 juillet !), on doit continuer de pédaler pour entrer officiellement dans le Massif des Monédières.

Après Naves, la route départementale grimpe progressivement dans les monts. Dressé au cœur du département, le massif des Monédières forme une véritable citadelle de moyenne montagne où les routes ondulent entre landes de bruyère, tourbières, forêts de hêtres et vastes panoramas ouverts. Sur ces routes étroites et vallonnées, on comprend vite pourquoi Christian Prudhomme a parlé d’une étape de baroudeurs. Le terrain est idéal pour une échappée au long cours. Après avoir traversé le joli bourg de Saint-Augustin, le tracé continue de monter.

Saint-Augustin méritait bien une petite pause, et nos mollets aussi ! © Jérémy Truant

Kilomètre 100. Chaumeil. La traversée du village de granit entouré de montagnes est l’occasion d’un flash-back qui nous permet de comprendre pourquoi le peloton était obligé de passer par là. C’est ici, sur les routes des Monédières qu’un certain Raymond Poulidor s’entraînait régulièrement. Celui que la France du vélo a surnommé « l’Éternel second » participa d’ailleurs au fameux Bol d’or des Monédières en 1956. Dans ces montées sans répit, difficile de ne pas imaginer « Poupou » danser sur les pédales…

Poulidor, Anquetil, Coppi, Hinault… tous les grands noms des années 50-60 ont participé au Bol d’Or initié par Jean Ségurel
© DR / Mémoire Filmique de Nouvelle-Aquitaine

Quelques décennies plus tard, c’est Hillary Clinton, la première dame des Etats-Unis qui se rend à Chaumeil, à l’invitation de la première dame française Bernadette Chirac, élue conseillère générale dans ce canton. « A sa « chère Hillary », l’épouse du chef de l’Etat a longuement expliqué le fonctionnement et l’historique du département », peut-on lire dans un article du Monde de l’époque. Mais pas le temps de s’arrêter trop longtemps à Chaumeil, il faut continuer de grimper puisqu’un premier sommet nous attend.

Kilomètre 105. Le tant attendu Suc au May. Nous y voilà. On y pense depuis le départ de Malemort. La pente, ou plutôt le mur, est devant nous. 3,8 km d’ascension avec des passages à près de 18 %, voilà ce qui nous amène à la pointe du Suc au May. Les pourcentages affichés feraient presque passer les cols alpins pour une promenade dominicale ! Là-haut, la vue s’ouvre à 360 degrés. Des parapentes décollent sous nos yeux et le paysage face à nous est à couper le souffle.

Le Suc-au-May, une ascension courte mais abrupte et, au sommet, des parapentes qui décollent © Brice Milbergue

Kilomètre 121. Une longue descente bien appréciable nous permet de rejoindre la « Petite cité de caractère® » de Treignac. On rencontre (de loin) la Vézère, parcours réputé du canoë-kayak français avant de filer vers Lestards et son église au toit de chaume, unique en son genre. Quel plaisir de rouler sur les petites routes des Monédières ! Souhaitons à Paul Seixas, Tadej Pogačar ou encore Jonas Vingegaard de lever la tête comme nous pour admirer ces points de vue et ces paysages incroyables qui défilent sous nos yeux de Limousins (un peu chauvins) émerveillés !

Kilomètre 129,5. Nouvelle grosse difficulté, la sinueuse côte de la Croix du Pey nous en fait voir de toutes les couleurs. Les gourdes que nous avions pris le temps de remplir à Chaumeil sont déjà presque vides. Cette pente symbolise en quelque sorte la fin du Massif des Monédières et l’entrée sur le Plateau de Millevaches. Après avoir traversé tout en longueur la petite commune de Bugeat – connue notamment pour être le berceau d’entraînement du champion olympique Alain Mimoun et pour accueillir l’un des grands trails du territoire – la route reprend son ascension sur cette départementale. Les forêts de résineux défilent sur les côtés et une antenne se détache de l’horizon, le Mont Bessou n’est plus très loin.

Le Limousin, c’est jamais plat, ça tourne toujours mais heureusement c’est souvent ombragé © James Parry

Kilomètre 161. Le Mont Bessou est la dernière difficulté du parcours. Dès que l’on a bifurqué subitement à droite en quittant la route départementale, la petite route sur laquelle nous nous trouvons s’est mise à grimper fort. Et pour cause, au sommet à 977 mètres d’altitude, on atteint le point culminant de l’étape, du département et même du Limousin ! Une tour panoramique se dresse fièrement à 1 000 mètres d’altitude, comme pour faire de l’œil aux massifs auvergnats situés juste en face. On imagine déjà l’ambiance au bord des routes ici, dans quelques jours maintenant. Mais il est déjà temps de redescendre. On retrouve la route départementale qui nous fait traverser Meymac, ville porte du Parc naturel régional de Millevaches en Limousin. Un petit regard à droite, à gauche, les maisons bourgeoises sont partout ici. La raison : l’incroyable aventure des marchands de vin corréziens de Meymac-près-Bordeaux.

La vue au sommet de la Tour du Mont Bessou vaut vraiment le détour © Tourisme Corrèze

Kilomètre 175. Saint-Angel. Voilà déjà devant nous se dresser fièrement le prieuré Saint-Michel-des-Anges sur son promontoire rocheux pendant que nous entrons dans le bourg de la commune aux 800 âmes. Les fanions jaune flottent déjà dans le ciel saint-angélois et la traversée du village se fait à toute vitesse en direction du terminus de l’étape. Le Tour de France s’était déjà offert un passage remarqué dans la petite commune de Haute-Corrèze, c’était le 8 juillet 2016 lors de l’étape Limoges – Le Lioran.

Kilomètre 184. Ussel. Dernier rond-point, derniers coups de pédales, dernières suées. Nous voilà arriver dans la capitale de Haute-Corrèze. Nous franchissons le panneau d’entrée d’Ussel et remontons l’avenue Turgot. Après avoir laissé sur notre gauche le Château de la Diège, l’Aigle romane, symbole de la ville, nous regarde franchir la ligne d’arrivée.

Qui sera le premier de l’histoire du Tour à l’emporter à Ussel ?  © Brice Milbergue

Le compteur s’arrête donc à 185 kilomètres. Pas de podium, pas de champagne, pas même un dossard épinglé dans le dos en arrivant sur la place Voltaire d’Ussel. Le 12 juillet, un champion écrira sa propre histoire sur ces routes « 100 % Corrèze ».


Edito : Le Tour de France et l’histoire corrézienne

Chaque été, le Tour de France a le même pouvoir. Celui de faire remonter des souvenirs que l’on croyait enfouis. Ceux des douces vacances corréziennes et du visage d’un grand-père, les yeux rivés sur la petite boîte qui retransmettait la Grande Boucle. Dehors, la chaleur écrasait les pierres du village et dedans, les routes de France défilaient sur le petit écran.

La Corrèze, d’ailleurs, n’a jamais été très loin de cette histoire. Le département entretient depuis longtemps une relation particulière avec la Grande Boucle. Impossible de ne pas penser à Jacques Chirac, passionné de sport et amoureux de son territoire, qui voyait dans le Tour un formidable ambassadeur des paysages corréziens.

Et puis il y a eu ces moments plus inattendus, qui ont aussi marqué l’histoire commune entre le Tour et la Corrèze. En 1998, l’affaire Festina éclate en plein mois de juillet dans un petit bar de campagne à Saint-Priest-de-Gimel. L’image d’un Richard Virenque en larmes fait le tour de la planète.

Lorsque le Tour reviendra dans quelques jours pour une étape 100 % Corrèze, beaucoup regarderont les écarts, les attaques ou le classement général. Comme nombre de Limousins, je regarderai les routes du Midi corrézien, les Monédières, le Mont Bessou, Saint-Angel et Ussel. Cherchant dans ces images un parfum de jadis, celui des étés passés à regarder la course (et m’endormir devant, aussi).

Certains rappelleront, non sans raison, que faire venir le Tour de France coûte cher aux collectivités. D’autres débattront des retombées économiques ou de l’impact environnemental. Ces questions ont leur importance. Mais il y a toujours quelque chose de profondément réjouissant à voir la plus grande course du monde revenir sur nos routes : pendant une journée, ce n’est pas seulement le Tour de France qui traverse la Corrèze, c’est aussi la Corrèze qui se montre au monde.

Brice Milbergue
Brice Milbergue
Rédacteur en chef d'Actus Limousin

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