A la rencontre du Cirque Bidon, sur les routes du Limousin, pour sa 50ème tournée au pas des chevaux

Pour sa 50ème tournée, la deuxième en Limousin, le Cirque Bidon se produit sur les places avec un spectacle en plein air en hommage à George Sand. L’occasion de partir à la rencontre de son fondateur et des artistes qui vivent cinq mois sur la route.

Arrivé au pas des chevaux, le Cirque Bidon a posé ses roulottes sur la place Stalingrad à Eymoutiers. Une place transformée, comme par magie, en cirque à ciel ouvert où les comédiens et musiciens présentent leur nouveau spectacle « Sand pour Sand Bidon », un hommage à George Sand à l’occasion du 150ème anniversaire de sa disparition. Comme le chantait Charles Aznavour « Viens voir les comédiens, voir les musiciens, voir les magiciens qui arrivent. Les comédiens ont installé leurs tréteaux, ils ont dressé leur estrade et tendu des calicots. Les comédiens ont parcouru les faubourgs, ils ont donné la parade, à grand renfort de tambour. Devant l’église une roulotte peinte en vert avec les chaises d’un théâtre à ciel ouvert et derrière eux comme un cortège en folie, ils drainent tout le pays, les comédiens.»  Une chanson que l’on croirait écrite pour le Cirque Bidon !

Un cirque sans chapiteau

Ils sont donc arrivés sans crier gare mais dans la ville, le murmure s’est propagé à la vitesse d’un cheval au galop. A mesure que les roulottes se plaçaient en arc-de-cercle sur la grande place d’Eymoutiers et que le cirque prenait forme, les yeux des petits et des grands se sont mis à briller. L’une des particularités du Cirque Bidon, c’est qu’il ne s’embarrasse pas d’un chapiteau. L’infrastructure est réduite au minimum : une piste centrale, une arche pour le trapèze et autres suspensions, des estrades et quelques chaises… C’est tout ? Presque mais c’est amplement suffisant à en croire les sourires ébahis des spectateurs après 2 heures de représentation !

Des roulottes en arc-de-cercle, une piste, une arche, des estrades et hop ! Le Cirque Bidon s’installe sur la place © Brice Milbergue

L’autre particularité du Cirque Bidon, c’est bien sûr son mode de déplacement puisqu’il se déplace en roulottes, tirées par des chevaux. Depuis 50 ans, François « Bidon » Rauline prépare la tournée, et repère les emplacements pour installer sa douzaine de roulottes et les prairies où ses chevaux en liberté auront de la bonne herbe et de l’eau à volonté. L’hiver, il vient plusieurs fois dénicher les bivouacs entre deux villages. « Avant, on partait un peu comme ça, maintenant tout est programmé explique François, on ne fait pas plus de 25 km par jour entre deux communes. Si c’est 30 km, on le fait en deux jours. » Ses chevaux et juments, des Percherons américains, Comtois et Bretonnes, travaillent un jour et se reposent après. Ils ont trouvé un paddock ombragé juste à côté dans une prairie avec eau à volonté.

Au pas lent des chevaux, le Cirque Bidon fait sa transhumance entre deux lieux de représentations © Alain Gaymard

Sur les routes du Limousin depuis le 9 mai, la troupe pittoresque a déjà fait vibrer le public de Boussac, Gouzon, Chénérailles, Aubusson, Felletin, Gentioux, Faux-la-Montagne… Comme ils sont venus, un matin ils repartiront, laissant des souvenirs et des étoiles plein les yeux. Avant de s’arrêter à nouveau à quelques kilomètres de là pour redonner du bonheur aux gens et leur offrir un peu de répit dans une vie moderne trépidante et pas toujours très riante.

Une vie de saltimbanque itinérant

Derrière le Cirque Bidon, il y a un homme : François « Bidon » Rauline, le fondateur de la compagnie dans les années 70. Pour un enfant qui n’avait « jamais mis les pieds au cirque », il s’est bien rattrapé. Le hasard et des rencontres ont écrit son destin. « J’étais ciseleur sur bronze, destiné à être sculpteur raconte-t-il, mais après 1968, je suis parti à pied, en stop et en vélo parcourir l’Europe. J’ai rencontré une trapéziste dans un bois qui m’a fait connaître le cirque. Elle avait travaillé dans des grands cirques et rêvait d’un cirque poétique, familial, à l’ancienne, en roulottes. Elle est partie. J’ai acheté une Bretonne, je n’avais jamais fait de cheval. » Le paysan qui la lui a vendue lui a montré les rudiments, harnacher, seller, guider et le lendemain, il prenait la route. « Il fallait trouver les lieux pour s’arrêter, je n’avais pas un sou, j’avais 22-23 ans, je ne conseille pas de partir sans connaître les chevaux. »

Au hasard des chemins et des rencontres, François « Bidon » Rauline a façonné son mode de vie, ses roulottes et son cirque
© Brice Milbergue

Le premier hiver, il se fabrique une roulotte en Ardèche, monte en Champagne pour les vendanges. « Je faisais le pressoir, avec l’argent, je passais l’hiver. »  Au début, il vendait ses dessins, se produisait comme artiste de rue. Cracheur de feu. « Je n’aimais pas le goût du pétrole, j’ai arrêté et appris à jongler, j’ai fabriqué mes massues avec des manches à balai et vingt ans après, j’ai acheté des massues modernes. C’était plus facile ! » Il va partir en tournée avec une dizaine de jeunes et 15 jours après, il n’en restait que trois ou quatre. En Bretagne, il rencontrera une danseuse qui rêvait aussi de roulottes et de trapèze. Elle le suivra et des musiciens les rejoindront. L’année suivante, il construisait un PALC, un cirque à ciel ouvert et un mât « d’après de vieilles photos d’un bouquin. On a commencé à gagner un peu mieux notre vie au bout de cinq ou six ans. Ma compagne autodidacte faisait de la corde lisse et du trapèze. »

Sous les platanes, les poules ont trouvé de la fraîcheur en cette matinée déjà chaude avant leur numéro du soir. « Elles font les funambules et du vélo précise-t-il, à mes débuts, j’avais des poules pour les œufs et après, on les a utilisées. Il fallait que chacun gagne sa graine. »

Des poules funambules ? Il fallait que chacun gagne sa graine © Cirque Bidon

Car les débuts ont été difficiles même si aujourd’hui, le Cirque Bidon est connu et reconnu bien au-delà des frontières, notamment chez nos voisins transalpins. Après trois ans de tournée en France, direction l’Italie du Nord puis la Toscane où l’accueil sera formidable. Le groupe se séparera finalement, d’autres jeunes viendront et chaque hiver, François réparera et construira des roulottes. A présent, les comédiens rayonnent autour de leur camp de base, Sainte-Sévère dans le Berry.

En Italie aussi, le « Circo Bidone » a écumé les routes et gagné le coeur des petits et des grands © Brice Milbergue

A 80 ans, François a rangé ses massues et ses balles. « C’est la troisième année qu’on ne va pas en Italie soupire-t-il. Il faut organiser la tournée, y aller plusieurs fois avant pour sélectionner les places, après faire la route, je n’ai plus le courage à mon âge. » Plus sur la piste certes, mais encore sur la route après 60 années de vadrouille et 50 de cirque, n’est-ce pas déjà incroyable ?

L’itinérance comme mode de vie

Aujourd’hui, une douzaine de roulottes se déploient autour de la piste de 8 mètres. La compagnie compte 15 circassiens et musiciens dont une chargée de la production. « On a commencé avant que ce soit la mode des cirques en plein air rétorque-t-il, il n’y avait pas d’écoles de cirque, nous ne venions pas de ce milieu, nous n’avions pas de technique. C’était « bidon » mais les gens étaient prévenus ! On était sur la dérision et les gens étaient morts de rire. Aujourd’hui, les jeunes sortent d’écoles ou de cirques. Il y a un Américain, un Espagnol et un Anglais. Ils viennent souvent par le bouche-à-oreille, on est connu dans le métier.  » Les comédiens proposent des numéros de trapèze, jonglage, clowns, funambules, mât chinois et équestres accompagnés de trois musiciens. « C’est un peu du théâtre, on évoque la vie de George Sand annonce François, l’idée est de faire un joli spectacle et de faire rêver les gens. »

Théâtre, performances, musique… « l’idée est de faire un joli spectacle et de faire rêver les gens » © Cirque Bidon

Parmi les comédiens, Chloris en est à sa troisième tournée avec ce cirque. Elle est tombée dans l’univers circassien lors d’activités scolaires. « J’avais 8 ou 9 ans, après j’ai arrêté mes études de langues pour faire le Conservatoire du spectacle vivant raconte la trentenaire. J’ai découvert ce milieu au Mexique et je me suis formée en Italie au théâtre physique. Cinq ans après, je suis rentrée en France. Ici, je fais du trapèze, de la voltige équestre et clown. » L’itinérance est un mode de vie qui lui convient. Chacun reprendra le cours de sa vie après la tournée. « Je ne sais pas ce que je ferai en septembre, j’ai envie de m’acheter un camion pour avoir un chez moi. J’ai beaucoup voyagé mais je n’ai pas de domicile fixe car je ne sais pas où j’ai envie d’être. » Peut-être sur la route tout simplement ?

Clown, trapéziste, voltigeuse… Chloris a choisi le cirque comme métier et l’itinérance comme mode de vie © Alain Gaymard

Cette vie de bohème apprend le vivre-ensemble et le respect de l’autre. Un état d’esprit qui se retrouve lors de chaque représentation. « On est comme une famille le temps de la tournée remarque Eléna, musicienne, cela crée des liens humains qu’on ne trouve pas ailleurs. On a aussi notre intimité. » La Nancéenne de 28 ans s’est formée au Conservatoire en violon classique puis elle a exploré le jazz et d’autres styles en accompagnant des compagnies. « Faire des spectacles sur les places publiques, ça existe depuis des siècles. On fait perdurer ce côté saltimbanque, on apporte du plaisir aux gens ! »

Un plaisir qui se répandra lentement sur le Limousin tout au long de l’été et une parenthèse enchantée de 2h30 qui permet aux petits et grands de remettre une bonne dose de poésie dans leur vie !

Prochaines dates

  • Eymoutiers : Place Stalingrad – jusqu’au 3 juillet à 21h30
  • Bujaleuf : Site de la plage – Du 6 au 12 juillet à 21h30
  • Saint-Léonard de Noblat : Place de la Libération – Du 16 au 19 juillet à 21h30
  • Peyrat-le-Château : Place du Champ de Foire – Du 23 au 27 juillet à 21h30
  • Lac de Vassière Auphelle : Office du Tourisme – Du 30 juillet au 5 août à 21h30
  • Vauveix (23) : Plage – Du 8 au 15 août à 21h30
  • Royère-de-Vassivière (23) : Place Pierre Ferrand – Du 18 au 22 août à 21h30
  • Bénévent-L’Abbaye (23) : Place de l’église – Du 26 au 30 août à 21h
  • Dun-le-Palestel (23) : Place Philippe Daulmy – Du 2 au 6 septembre, 17h ou 21h30
  • Sainte-Sévère sur Indre (36) : Champ de Foire – Du 10 au 13 septembre, 17h ou 21h30

Tarifs

Adulte : 15€  / Enfant (jusqu’à 12 ans inclus) : 10€ / Gratuit pour les moins de 4 ans

 

Corinne Mérigaud
Corinne Mérigaud
Journaliste Actus Limousin