La 45ᵉ édition du salon international du dessin de presse et d’humour de Saint-Just-le-Martel continue jusqu’à dimanche. Un week-end complet pour découvrir 190 auteurs et artistes et célébrer la liberté d’expression, l’humour et le regard critique.
C’est une tradition enracinée dans la vie limousine depuis plus de 40 ans. Le « Salon international de la caricature, du dessin de presse et d’humour », dans son appellation complète, est né en 1982 à Saint-Just-le-Martel, à une douzaine de kilomètres de Limoges. Impulsé par les jeunes du foyer de la commune, avec l’appui de Gérard Vandenbroucke, figure politique locale alors conseiller municipal de l’opposition, le salon naît d’une idée simple : valoriser le dessin et animer le bourg. Au fil du temps, le salon de Saint-Just est devenu, comme la cueillette des champignons, un rendez-vous incontournable du début de l’automne.
Chaque année, depuis 45 ans, la petite commune de moins de 3000 habitants s’affirme donc, le temps d’une semaine (même si elle l’est aussi toute l’année…), comme le centre du petit monde de la caricature, du dessin de presse et d’humour. Une occasion pour les visiteurs de rencontrer les grandes figures du milieu, les artistes émergents, mais aussi de célébrer l’histoire d’un art qui, malgré sa portée universelle, occupe de moins en moins l’espace médiatique. Cette 45ᵉ édition se tient donc pour célébrer, plus que jamais, le regard critique, la liberté d’expression et les traits d’esprit bien sentis.
Un véritable lieu de rencontres, d’échanges et de transmission
Au programme de ce salon qui accueille plusieurs milliers de visiteurs : des dédicaces, des rencontres, des remises de prix, des ateliers à destination des scolaires, sans oublier les très populaires « caricatures en direct ». « Cette édition mobilise 190 dessinateurs et près de 120 bénévoles. Et puis, les artistes sont accueillis chez les habitants. Cette familiarité qui se tutoie et cette convivialité font partie intégrante de l’ADN du festival, explique Isabelle Gilliard, chargée de communication et médiatrice à l’Espace Loup. Ce salon est d’autant plus important qu’il y a, pour les auteurs, de moins en moins de place pour s’exprimer », poursuit-elle.
Pour Alain Morelon, co-président de l’association Saint Just Culture et Loisirs, cette manifestation est « un hommage au cheval de bataille de Gérard Vandenbroucke : la liberté d’expression. Ce salon est devenu le symbole de la commune. C’est un véritable lieu de rencontres, d’échanges et de transmission. Le salon accueille par ailleurs 1200 scolaires sur la semaine. Le monde de demain sera le leur, il est important de leur transmettre cet esprit critique », explique le co-président.

Ici, dans les galeries aérées de l’Espace Loup à Saint-Just-le-Martel, caricatures et dessins de presse tapissent les murs. Derrière ces coups de crayon, de grands noms de la profession dont il est possible d’apprécier les travaux et de découvrir l’histoire : Jean-Yves Hamel connu sous le pseudonyme « J.Y », Bertrand Daullé, Patrice Ricord ou encore Georges Wolinski, caricaturiste assassiné le 7 janvier 2015 lors des attentats de Charlie Hebdo, dont les visiteurs peuvent contempler le bureau, offert par son épouse Maryse Wolinski et reconstruit à l’identique au sein de l’Espace Loup. Un hommage silencieux qui rappelle l’importance des caricatures dans une société démocratique.

« Le pouvoir du dessin, sa capacité à déranger, à susciter une réaction »
Parmi la multitude d’auteurs présents, Vincent Chevalley enchaîne les caricatures minute. L’ancien aide-soignant en soins palliatifs enchaîne les coups d’œil et les coups de feutres et, en quelques instants, son tour est joué : « pour moi, une bonne caricature, c’est une caricature qui suscite une réaction. Je m’assure que ça ne blesse pas, explique-t-il. J’ai commencé en dessinant mes patients. L’humour, c’est pour sauver la vie, c’était une manière d’expier, d’amener de la légèreté. Et puis, j’ai compris que l’on pouvait porter des combats et mettre en lumière des actualités. C’est devenu un vrai moteur », raconte l’auteur.

Une motivation que partage Vincent Scherrer alias Veesse, caricaturiste et dessinateur de presse présent sur le salon pour la… 35ème fois ! « J’ai commencé à dessiner étant gamin. Depuis, je ne me suis jamais arrêté. Je ne savais pas quel métier choisir. J’ai alors commencé à travailler dans le dessin industriel. Un jour, je griffonne un portrait du patron sur le coin de ma feuille. Un camarade, hilare, me demande s’il peut en faire une copie. Résultat, ce portrait a circulé dans toute l’entreprise. Je me suis pris un savon et suis sorti du bureau du directeur avec une étiquette de dessinateur dans le dos. Depuis je fais en sorte de la porter devant », narre-t-il avec ironie.

« J’ai compris, ce jour-là, le pouvoir du dessin, sa capacité à déranger, à susciter une réaction. C’est aussi une respiration, une manière de prendre du recul sur les choses, de critiquer, de dénoncer. Je me moquais de faire carrière, je voulais faire ce qui avait du sens. Ce qui en a toujours. Le mépris ou les commentaires offusqués, je les prends comme de la reconnaissance. Ce salon, c’est un peu comme de la résistance, c’est un lieu de ressource où nous, les auteurs, pouvons partager et nous retrouver. On se rend compte de l’importance de transmettre. Face au refus systémique du dérangeant, on ne peut pas se taire », assène l’auteur.
« Une manière de se présenter au monde »
À quelques pas de là, le parcours d’Ali Hamra, journaliste et caricaturiste syrien, aide à relativiser. Même si la caricature et le dessin de presse se font de plus en plus rares entre les colonnes, la France reste une terre propice. L’auteur fuit son pays en 2012. Il se réfugie en Égypte avant de rallier l’Hexagone en 2014. Depuis, Ali Hamra use de ses talents de dessinateur pour « mettre en lumière des actualités et continuer son combat pour la liberté d’expression. J’aime dire que l’idée est plus forte que le trait. La caricature ou le dessin de presse, c’est un coup de crayon mais c’est avant tout une affaire de regard. C’est aussi une manière de se présenter au monde. Comment se distinguer au milieu de 200 autres auteurs ? Le dessin le permet », assure Ali Hamra. Toutefois plus facile à dire quand on est capable de dessiner à deux mains…

Par-delà les caricatures, réalisées presque à la chaîne, une invitation subsiste. Un message aussi cher à Gérard Vandenbroucke qu’aux auteurs présents sur le salon : soyez libres. Libres, d’observer le monde et d’en exorciser un peu les maux par l’humour. Libres, de vous rendre à cette 45ᵉ édition pour rencontrer ces autrices et auteurs qui, en un regard et quelques coups de crayon, agissent en défenseurs de nos libertés. A tous.
Le programme du week-end :
- Samedi 3 octobre de 9h à 19h :
- 9h30 : assemblée générale de France Cartoons,
- 11h30 : remise du 40ᵉ Grand Prix de l’Humour Vache,
- 12h : apéro-jazz avec Alain Périnet & Franck Mathieu,
- 15h : mini-concert dessiné avec The Rifftaps,
- 17h30 : remise du Crayon de Porcelaine, prix spécial « Presse internationale »,
- Toute la journée : dédicaces, caricatures réalisées en direct, animations, stands et librairie.
- Dimanche 4 octobre de 9h à 19h :
- 11h30 : proclamation et remise du Prix du Public,
- 11h45 : proclamation et remise du Prix Amitié et Fidélité,
- 12h : apéro-jazz avec Alain Périnet & Franck Mathieu,
- 15h : proclamation et remise du Prix Gérard Vandenbroucke,
- 16h : proclamation et remise des prix du Club de la Presse du Limousin,
- 19h : clôture du 45ᵉ Salon.
Pour plus d’informations, rendez-vous sur le site centredessinpresse-stjust.com


