« Marée basse » au lac de Vassivière en Limousin, comment fonctionne le soutien d’étiage ?

Chaque jour, le Lac de Vassivière voit son niveau d’eau baisser de 5 à 10 centimètres par jour en cette sèche saison estivale 2026. Que le lac baisse, c’est le cas chaque été. Ce qui l’est moins : c’est la précocité de cette baisse. Explications.

Les plages de sable du lac de Vassivière, entre Haute-Vienne et Creuse en Limousin, s’étendent, chaque jour un peu plus. L’eau est loin, comme une marée basse, sauf que cette « petite mer » limousine ne devrait pas remonter de si tôt, bien au contraire. Alors que la France entière connaît son été le plus chaud et le plus sec jamais enregistré, le lac de Vassivière baisse, irrémédiablement.

Une situation qui rappelle un peu ce fameux problème de mathématiques qui a donné des cauchemars à de nombreux écoliers : celui des robinets qui fuient et de la baignoire qui perd. Ici les robinets c’est la Maulde, la Gane ou encore le Ruisseau de Haute-Faye et la baignoire, c’est une étendue d’eau de 1 000 hectares dans laquelle on puise un peu chaque jour pour soutenir le débit de la Vienne en aval.

Nous avons contacté EDF, qui gère la retenue de Vassivière et qui explique : « Tous les étés, EDF se doit de procéder à ce qu’on appelle un soutien d’étiage pour la Vienne, quand le niveau d’eau de la rivière est trop bas, on doit rajouter de l’eau supplémentaire au seuil. Ce seuil est de 13 m³ par seconde à Lussac-les-Châteaux. »

L’eau, un bien commun à partager

Pourquoi maintenir ce niveau d’eau ? Même si la réponse peut sembler logique, elle mérite quand même des précisions. Tout simplement parce que l’eau est un bien commun. « La Vienne a trois utilités, reprend EDF : l’alimentation en eau potable et l’abreuvement du bétail, la vie piscicole et la biodiversité de la rivière et enfin les activités industrielles comme les papeteries et la centrale nucléaire de Civaux. »

Tous les étés, EDF participe donc à ce soutien d’étiage à travers les 18 barrages sur la Maulde et le Taurion, deux des principaux affluents de la Vienne, dont bien sûr celui de Vassivière. « Au 1er juin, les réservoirs étaient pleins et on a commencé à solliciter Vassivière pour le soutien d’étiage le 7 juillet », précise le service communication d’EDF. Notons que l’eau lâchée ici ne sert donc pas à la production d’électricité.


Le soutien d’étiage de la Vienne en quelques images…

La Vienne prend sa source sur le Plateau de Millevaches et se gorge des petits ruisseaux affluents avant de rejoindre Eymoutiers. Le 5 juillet, son débit dans la cité pelaude n’est plus que de 1 m3/ seconde.

Evolution du débit instantané de la Vienne à Eymoutiers entre le 1er juin et le 4 août – Source : Hydroportail

Le 6 juillet, EDF commence son soutien d’étiage depuis la retenue du lac de Vassivière. Chaque jour, le barrage relâche plusieurs dizaines de milliers de m3 chaque jour. Cette opération se déroule en soirée, à partir de 18 heures et pendant quelques heures, à raison de 2 à 3.5 m3 par seconde.

Evolution du débit instantané de la Maulde à Peyrat-le-Château entre le 1er juin et le 4 août – Source : Hydroportail

Les flots de la Maulde rejoignent ceux de la Vienne en amont de Saint-Léonard et poursuivent leur route jusqu’à Limoges où le débit reste relativement régulier (entre 10 et 14 m3/seconde).

Evolution du débit instantané de la Vienne à Limoges entre le 1er juin et le 4 août – Source : Hydroportail

Une centaine de kilomètres plus loin, à Lussac-les-Châteaux, le débit de la Vienne se maintient au-dessus du seuil limite de 13 m3/seconde.


Si ce soutien d’étiage n’est pas exceptionnel, ce qui l’est plus c’est sa précocité cette année. Les vagues de chaleur ont fait se combiner deux facteurs qui dégradent fortement le débit des cours d’eau : le manque d’eau, l’épisode de sécheresse est exceptionnel de par sa durée, et la chaleur qui rajoute à l’évaporation et à la consommation en eau. A titre de comparaison, l’été dernier pourtant déjà très sec, le soutien d’étiage depuis Vassivière n’avait commencé que le 1er août…

Ce soutien d’étiage va donc continuer, selon EDF qui conclut : « Les prévisions des quinze prochains jours annoncent des orages mais rien de significatif. » D’autant que les températures devraient repartir à la hausse avec une nouvelle vague de chaleur annoncée la semaine prochaine.

Des activités nautiques qui continuent et un beau programme culturel

Alors forcément, l’impact se ressent sur les rives du très touristique lac de Vassivière. À commencer par l’impact visuel. L’eau paraît loin en ce début août. Si certaines activités nautiques sont déjà à l’arrêt, et ne reprendrons pas « d’ici la fin de la saison », le Canoë-Kayak Club d’Eymoutiers, sur la presqu’île de Broussas à Royère-de-Vassivière, continue son activité de locations sur le lac. « Cela nous change pas grand chose, si ce n’est que l’on marche un peu plus pour rejoindre l’embarcation », constatent-ils.

Ce que confirme aussi Laurence Puissant, chargée de communication au pôle tourisme du Syndicat le Lac de Vassivière : « Pour l’instant, les activités sont encore en service avec quelques adaptations, notamment les périmètres des plages ou certains pontons qui ont été reculés. Les baignades, la navigation et la plupart des activités nautiques sont en service. »

La vie ne s’arrête pas pour autant autour du lac où la 31ème édition du festival interculturel Paroles de conteurs va se tenir du 22 au 28 août sur la plage de Pierrefite à Beaumont-du-Lac. Le Cirque Bidon continue sa tournée autour du lac également et sera notamment à Vauveix sur la plage du 8 au 15 août à 21 h 30 puis sur la place Pierre Ferrand de Royère-de-Vassivière du 18 au 22 août à 21 h 30.

Brice Milbergue
Brice Milbergue
Rédacteur en chef d'Actus Limousin