Escales solidaires : 10 ans aux services des personnes isolées ou précaires à Limoges

Basée à Limoges, « Escales Solidaires » porte, depuis 2016, de nombreuses actions bénévoles à destination des personnes isolées ou précaires. Plongée au sein des activités de l’association qui va bientôt fêter ses 10 ans au service des autres.

Tout commence avec une idée : l’idée qu’une vaste maison qui, à l’instar d’une auberge dans un roman fantastique, pourrait offrir un répit mérité aux aventuriers et autres voyageurs de l’existence. Derrière cette idée, il y a Marie Morlière, fondatrice d’Escales Solidaires. L’ancienne psychothérapeute décrit « un besoin de se rapprocher des gens et de la société. Concrètement. Je me suis rendu compte des limites de mon propre métier, précise la fondatrice. Je me suis surtout rendu compte qu’il était impossible de changer à l’intérieur si l’environnement demeure le même. Je voulais donner du pouvoir aux individus d’agir sur eux-mêmes ».

Marie Morlière, fondatrice de l’association Escales Solidaires © Escales Solidaires

Malgré la croissance d’Escales Solidaires au fil des ans, Marie Morlière demeure dévouée à faire toujours plus : « J’ai du mal à réaliser que cela fait déjà 10 ans. Toutes ces petites gouttes qui forment un océan, toutes ces personnes rencontrées, toutes les actions menées, je ne me rends pas bien compte. À la fois parce que je ne pense pas avoir besoin de grande mesure, mais aussi parce que je suis le nez dedans, à fond dedans. Il m’arrive que le sourire, d’un bénévole, d’un bénéficiaire ou d’un résident me fasse le réaliser », confie la fondatrice.

Quatre grands pôles

Initialement, l’association occupait la Maison des Droits de l’Homme de Limoges. De fil en aiguille, en 10 années d’existence, Escales Solidaires a bien grandi, ses activités se sont démultipliées et les projets se sont enchaînés. Escales Solidaires s’articule désormais en quatre poles distincts, impliquant une soixantaine de bénévoles et quatre salariés.

La veille sociale

Ce pôle implique les membres de l’association dans des maraudes solidaires, à savoir des distributions de colis alimentaires, de produits hygiéniques et de premiers soins. La veille sociale implique également de l’aide au relogement, à l’installation et au déménagement et permet un accompagnement dans le cadre de démarches administratives. Eté comme hiver, les bénévoles vont au soutien des personnes vulnérables.

« L’Escale de Ben », une pension de famille

Nommé en hommage à Benoit Mazeau, co-porteur de ce projet, disparu en 2022, la pension de famille abrite 17 résidents. « Ce qui m’a plu ici, c’est que notre approche est entièrement centrée sur la personne confie Éléanore, salariée de l’accueil de jour depuis trois ans. On part de leurs besoins afin de créer de l’autonomie ». Farid, résident de l’accueil de jour depuis trois ans, corrobore : « Moi, ça m’a sorti de la rue, souligne-t-il avec ferveur. Ici, on bénéficie d’une grande liberté, les règles sont ouvertes, l’association prend le temps. Et puis, on participe aux maraudes et autres actions d’Escales, ça entraine un cercle vertueux. C’est important de rendre la pareille », estime Farid.

Farid a pu rebondir grâce à Escales Solidaires et s’investit désormais dans les actions de l’association © Escales Solidaires

Même son, de cloche pour François, résident de pension de famille de 63 ans « avec Escales il y a toujours une présence, quelqu’un de disponible. Organiser des événements, autour de la semaine des pensions de famille par exemple, permet au grand public de s’informer. C’est important que ces dispositifs soient connus », explique-t-il.

L’accueil de jour

Situés au 12 avenue Jean Gagnant, ces locaux modestes et foisonnants, d’idées, d’objets et de gens, constituent le siège de l’association. Ici s’opèrent les nombreuses activités proposées par Escales solidaires : des ateliers cuisines suivis d’un repas, des concerts, des cours de français, de la récupération et création et même du bricolage dans le « Fab Lab ». Fabienne, adepte des ateliers de créations, présente ses plus récentes confections « avec joie. Il y’a l’aspect confection, faire quelque chose de ses mains. Mais surtout, créer ensemble permet de nourrir et d’entretenir nos liens », se réjouit-elle, un étui à lunette de tartan blanc et noir entre les mains.

Le P’tit Réparons

Itération mobile du Fab Lab, « le P’tit Réparons » est un atelier de mobile utilisé pour réparer mais aussi pour cultiver un essor social autour de la récupération, la réparation et la confection d’objets « à partir de rien ». David passionnée d’électronique et membre de l’association depuis 2019 décrit avec enthousiasme la vertue sociale de pareil outil : « Les déchèteries foisonnent de pièces électroniques complètement gratuites. Se rendre compte qu’on peut fabriquer ensemble à partir de ça, sur fond de transmission de savoir, ça soude des liens ». Le bénévole affirme même travailler sur une prothèse mécanique au sein des ateliers. « La récupération n’empêche pas l’ambition technique », assure le bénévole.

Le « Pt’it Réparons », un atelier mobile qui permet de réparer ou de faciliter le réemploi © Gorka Martos

« Le paradoxe Restos du Cœur »

Malgré la démultiplication des activités portées par Escales Solidaires et la création d’associations du même esprit, la précarité avance. En France depuis 2016, le taux de pauvreté affiche une courbe moyenne ascendante selon l’Insee : 13,7% en 2016. 15,4% en 2023.

Alors, l’association duplique, amplifie et étend ses activités. Pourtant, et la fondatrice le concède, « il y a de plus en plus de demandes, de plus en plus de besoins. C’est un peu comme le paradoxe des Restos du Cœur : l’idéal serait qu’Escales Solidaires n’ait pas besoin d’exister. On a traversé toutes les crises, du Covid à l’inflation, aujourd’hui la canicule. Des familles sont venues chercher de la fraicheur à l’accueil de jour, ouvert les après-midis à cause des fortes chaleurs. Ces familles sont revenues le lendemain. On assiste, depuis 10 ans, à une explosion de la précarité et de l’isolement. Tout ça entrainant, de surcroit, une explosion des troubles psychiques et psychologiques. Le lien humain est de plus en plus vital », explique-t-elle, d’un trait. Malgré tout, Escales et son « culte de la débrouillardise » affichent un bilan à l’équilibre en 2025, après une année 2024 escarpée.

10 ans après sa création, ce n’est peut-être pas la grande maison du rêve mais Escales Solidaires est bien là, au bord de la route de qui en a besoin. Comme un refuge, un repaire, ou une présence.

Pour plus d’informations et pour contacter Escales Solidaires, vous pouvez suivre l’association sur Facebook ou écrire à escales.solidaires@gmail.com

Gorka Martos
Gorka Martos
Journaliste Actus Limousin