En Haute-Corrèze, cinquante habitants veillent sur les rivières

On connaissait les« Veilleurs d’étoiles », il y a maintenant les « Veilleurs de rivières ». Missionnés par Haute-Corrèze Communauté, une cinquantaine d’habitants bénévoles vont surveiller nos cours d’eau tout l’été. On a suivi l’une d’entre eux.

La Luzège, c’est une rivière qui, comme beaucoup, prend sa source sur le Plateau de Millevaches puis sillonne à travers les vallons, se fraye un chemin pour vite rejoindre la Dordogne, via Maussac, puis Saint-Pantaléon-de-Lapleau et sous le Viaduc des Rochers-Noirs. C’est un cours d’eau qui, dès les pluies, se transforme en torrent, mais sans une goutte venue du ciel au contraire, il n’en reste qu’un simple petit filet.

La Luzège, jolie petite rivière typique du Limousin, peut passer du torrent au simple filet © Brice Milbergue

Nous sommes dans les tous premiers virages de cette vallée sauvage et méconnue, quelque part aux confins de Meymac, Combressol et Maussac, en Haute-Corrèze. Camille Rizard marche sur le bitume de cette route qui sillonne et s’apprête à franchir la Luzège, via un pont. Dans sa main, un smartphone et dans sa tête, un objectif : surveiller le cours d’eau qui s’écoule à quelques pas de sa maison, à Combressol.

Depuis ce lundi 15 juin, elle est « Veilleuse de rivière ». Un joli terme pour dire qu’elle a la charge de noter l’évolution du niveau du cours d’eau, un peu à l’instar des « Veilleurs d’étoiles » qui existent depuis quelques années sur le territoire de la Rice (Réserve internationale de ciel étoilé) du Parc naturel régional de Millevaches en Limousin.

Surveiller l’état des cours d’eau du territoire

Ici, pas d’étoiles à compter. Camille est chargée de vérifier le niveau de la rivière à un point fixe. « C’est ici. Je dois observer si la rivière ou le ruisseau est en état d’écoulement visible acceptable, d’écoulement visible faible, de flaque ou assec. Je dois prendre une photo et tout renseigner sur le site Enquetedeau (site géré par l’Office français de la biodiversité, ndlr) », explique la bénévole sur la berge.

Capture d’écran du site enquetedeau.eaufrance.fr

L’idée de lancer cet appel aux Veilleurs de rivières est venue du service Eau et milieux naturels de Haute-Corrèze Communauté. « On n’avait pas un maillage assez important pour surveiller tous les cours d’eau du territoire », commence Loïc Le Hingrat, chargé de mission (Gestion des milieux aquatiques et la prévention des inondations).  « Le rôle de ces veilleurs est de réaliser ces relevés une fois par semaine dans le meilleur des cas si possible, de mi-juin jusqu’à fin septembre. Ce qui nous intéresse, c’est le pic de l’étiage (là où le niveau du cours d’eau est au plus bas) », reprend le chargé de mission.

La Haute-Corrèze, terre d’eau

Le territoire de Haute-Corrèze regorge de sources, de ruisseaux et de rivières avec quelques 4 600 km de cours d’eau et une densité record de 2,5 km de rivières au km², plus de 900 plans d’eau et plus de 10 % du territoire recouvert de zones humides.

Une centaine de stations de relevés a été positionnée partout sur le territoire par Haute-Corrèze Communauté et une cinquantaine d’habitants a répondu à cet appel.

Camille, elle, a vu plusieurs intérêts à rejoindre ce réseau de Veilleurs de rivières. « Déjà le mot m’a fait rêver », sourit-elle. Mais au-delà de la résonance poétique, Camille y voit aussi un moyen de mieux comprendre les cours d’eau et de mieux les préserver. « C’est une ressource précieuse et j’implique mes enfants dans cette mission pour les sensibiliser également », reprend la Combressoloise qui apprécie aussi l’aspect collaboratif de cette opération.

Veilleuse de rivière, un titre poétique et une mission collective essentielle © Brice Milbergue

Des sécheresses plus longues qu’avant

« Chez Haute-Corrèze Communauté, on a aussi nos stations de suivi sur lesquelles on prend des mesures chaque semaine », ajoute Loïc Le Hingrat qui analyse : « Ces dernières années, il y a quand même une évolution à la baisse. Le problème, c’est que les sécheresses sont beaucoup plus longues qu’avant. »

Avec un tel réseau hydrographique, on peut se demander pourquoi la Haute-Corrèze est touchée par des sécheresses aussi violentes. Le chargé de mission apporte des éléments de réponse : « Ici, on est sur un sol granitique, et ça empêche l’infiltration de l’eau donc on n’a pas de nappe. En revanche, on a beaucoup de zones humides qui sont des alliés pour lutter contre ces sécheresses, c’est pour ça qu’il est important de les préserver. »

D’ici à la fin septembre, les relevés des Veilleurs de rivière permettront d’affiner la connaissance des cours d’eau du territoire et de mieux mesurer l’impact des sécheresses estivales.

Pour en savoir plus, rendez-vous sur le site de Haute-Corrèze Communauté.

Jérémy Truant
Jérémy Truant
Journaliste Actus Limousin