La grange monastique du Coudier, dernier vestige « encore debout » de l’abbaye de Grandmont, deviendra bientôt un lieu de formations et d’expérimentation autour de l’architecture rurale. Un site étonnant à découvrir à l’occasion des « JEP » ce week-end !
Une nouvelle vie va débuter pour la Grange aux Moines à Ambazac. Tour à tour grange dîmière, tribunal, lieu de culte, ruine, métairie, étable ou encore salle de concert, ce bâtiment remarquable de 800 m² est en passe de devenir un lieu d’apprentissage expérimental sur la construction frugale ainsi qu’un espace culturel pour accueillir des conférences, symposiums, résidences, expositions… L’association « la Grange aux Moines » profite des Journées du Patrimoine pour proposer des visites de ce bâtiment qu’elle a sauvé de la démolition voilà bientôt 50 ans.

Neuf siècles d’histoire
Edifiée vers 1180, cette grange est le dernier vestige encore debout de l’Abbaye de Grandmont, nichée au Coudier, au coeur des monts d’Ambazac. Une longue histoire entoure ce vaste bâtiment héritage des moines de l’Ordre de Grandmont fondé sur les préceptes d’Etienne de Muret et qui s’est développé à partir du 12e siècle avec l’appui financier de la couronne d’Angleterre et du Duché d’Aquitaine. Il va rayonner dans toute l’Europe jusqu’à sa disparition vers 1770.
L’histoire de la Grange aux Moines a débuté lorsque l’abbé de Solignac donna le Coudier aux moines de Grandmont. Ce gigantesque édifice, d’une surface de 1200 m² sera d’abord utilisé pour des activités agricoles. « Une grange longue de deux cents pieds, divisée en trois nefs, comme une cathédrale, par deux rangées de piliers gigantesques, et ce vaste édifice avait peine à contenir les moissons recueillies sur ce sol auparavant aride. Grandmont devint le grenier, l’hospice, la providence d’une région naguère misérable…» écrivit l’abbé Nadaud.
De 1216 à 1228, le Prieur y rendait la justice seigneuriale puis elle reviendra à l’Ordre de Grandmont, et les moines s’en serviront alors pour entreposer les produits de la dîme due à l’abbaye. Ils subiront les attaques du Prince Noir durant la Guerre de Cent ans et la grange sera prise par les Huguenots au XVe lorsque l’abbaye deviendra un temps protestant. En 1792, la grange est vendue comme bien national. Le propriétaire fera faillite, la laissant en déshérence puis d’autres se succéderont. Le délabrement a réduit la surface de la grange à 800 m². Acquise en 1846 par la famille Pénicaud, ils la conserveront 180 ans.
Elle aurait pu être démolie en 1977 mais les propriétaires firent appel aux Bâtiments de France. Ils vont la sauver et créer l’association « La Grange aux Moines » toujours en activité. Elle sera inscrite à l’Inventaire supplémentaire des Monuments Historiques en 1980 puis aménagée en salle de concerts en 1982. De nombreux artistes s’y produiront comme Véronique Sanson, Claude Bolling ou encore Laurent Voulzy. Longtemps, cette grange a résonné des concerts organisés par l’association éponyme mais ce souffle nouveau finira par retomber et le temps a repris son impitoyable oeuvre de dégradation…

Une grange en péril
En 2024, la grange a perdu son agrément pour recevoir du public. Les propriétaires vont alors céder leur bien à l’association en 2025 qui veut engager d’importants travaux de restauration. Des diagnostics ont montré des déformations importantes sur des piliers en granit soutenant la travée centrale et la charpente. « Il y a péril car la grange est fragilisée structurellement et certains des piliers penchent, confie Louise Chagnaud, architecte et administratrice. La charpente date de plusieurs époques du 13e, puis 18e/19e et des années 70. Certaines parties sont en mauvais état et sous-dimensionnées par rapport à la couverture en tuiles. Il y a des affaissements et des tuiles sont poreuses. » Le montant de l’opération est chiffrée à 6 M€ dont 3,5 M pour restaurer la grange avec une mise en activité prévue pour 2030.
Un haut-lieu de l’architecture rurale et frugale
L’association, qui compte d’anciens membres dont Christelle Pénicaud, a réorienté les objectifs en lien avec le projet porté par L’Atelier du Limousin. « Paul Emmanuel Loiret, un enseignant de l’Ecole nationale d’architecture de Paris-Val de Seine, a monté cet atelier qui est un groupe de projets de Master, annonce-t-elle, la grange deviendra un lieu d’accueil et d’activités autour de la pédagogie et de l’expérimentation de l’architecture mais aussi tournée vers l’écologie, les savoir-faire et le patrimoine. Ce projet a remobilisé une partie de l’association qui s’est restructurée, depuis deux ans, autour de ce projet. »

Le but est donc d’accueillir L’Atelier du Limousin ainsi que d’autres écoles d’art, d’architecture et d’autres spécialités autour de l’agriculture et du paysage nourricier. « Deux structures sont accueillies actuellement et d’autres le seront à la fin de l’année scolaire, on a travaillé avec l’Ecole d’architecture de Paris Val-de-Seine et celle de Grenoble, mais aussi avec l’ENSAD de Limoges. L’Université du Michigan va envoyer une vingtaine d’étudiants qui y séjourneront un mois. On travaille également avec le réseau « Perspectives Rurales » sur des projets d’enseignements d’architecture hors les murs. Tous ces acteurs cherchent à s’intéresser aux milieux ruraux dans le cadre de la transition écologique. Ils essaient de décentraliser leurs enseignements hors des écoles pour aller vers des terrains différents. Les 21 écoles d’architecture en France sont toutes en métropole et les sujets étudiés sont assez peu ruraux. »
L’association avait besoin d’un projet de cette ampleur pour pouvoir aller chercher des financements afin de réhabiliter la grange et de la rouvrir au public. Les travaux d’archéologie préventive sont en cours de même que les recherches de financements. Des événements ont déjà été organisés en 2025 comme la Nuit des forêts, les Journées du patrimoine et d’autres sont prévus cette année. « On est en train de récupérer l’agrément d’accueil du public, signale-t-elle, et pour cela des travaux seront menés les 17 et 18 octobre avec un chantier participatif ouvert à toutes les bonnes volontés. » Une belle occasion d’apporter de nouvelles pierres à cet édifice pluriséculaire…
Découvrez la grange et l’abbaye
Des visites guidées de la grange et des constructions annexes sont programmées toutes les heures, les 19 et 20 septembre, de 11h à 18h.
Pour compléter, une visite guidée des vestiges du cloître médiéval de l’abbaye de Grandmont est proposée, samedi à 14h30, par le Pr Philippe Racinet, directeur des fouilles. Récemment mis au jour, ce cloître est parmi les plus vastes de France mais il est menacé par les dégradations liées au climat. Les vestiges ont donc été enfouis partiellement à titre de préservation.
Plus d’infos sur le site journeesdupatrimoine.culture.gouv.fr


