A la découverte des superbes « bicyclettes » du Musée du Vélo du Haut-Limousin à Arnac-la-Poste !

Depuis vingt ans, Jacques Beyly récupère des vélos qui retracent l’histoire du cycle de son invention jusqu’aux années 80. Une partie de sa collection est à découvrir au Musée du Vélo du Haut-Limousin à Arnac-la-Poste jusqu’au 15 septembre.

Quand on sait que Jacques Beyly n’est pas spécialement un adepte de la bicyclette, on se demande quelle mouche l’a piqué ! Pourtant ce passionné en connaît un rayon sur la petite reine depuis qu’il a commencé sa collection. Insatiable collectionneur, il avait amassé auparavant… tracteurs, mobylettes, voitures et caravanes ! « On ne peut pas tout garder se désole-t-il, j’ai tout vendu et je me suis mis au vélo grâce aux caravanes. Je cherchais des mini-vélos pliants pour les compléter. Et j’ai vu qu’il y avait beaucoup de choses à collectionner, des maillots, des bidons, des plaques, des journaux… ».

Pour sa retraite, ce natif de Limoges voulait revenir sur les terres natales et cherchait l’endroit idéal. Grâce à une annonce, il découvre l’ancien Hôtel Moderne à Arnac-la-Poste.

Jacques et Hélène Beyly ont transformé l’ancien « Hôtel Moderne » d’Arnac-la-Poste en musée du vélo ! © Brice Milbergue

Un musée ouvert à tous

Avec son épouse Hélène, ils sillonnaient le pays pour présenter des expositions sur le Tour de France, le Paris Nice et le Tour de l’Avenir. Ils changent de braquet en s’installant à Arnac-la-Poste. Des générations de gens ont dansé dans la salle de bal de cet hôtel qui a conservé son parquet. Durant trois ans, le couple et des artisans locaux mouillent le maillot pour restaurer l’hôtel abandonné. La salle de bal, qui abrite ses plus belles pièces, a été inaugurée en 1952 par l’accordéoniste Jean Ségurel, créateur du fameux Bol d’or des Monédières. Il n’y a pas de hasard ! Jacques Beyly l’a baptisée salle Henri Deglane, un instituteur qui l’a inspiré. « Il était président de la FOL et directeur de colonie raconte-t-il, il m’a enseigné des valeurs d’humanisme et de partage. C’est pour ça que j’ai voulu partager ma collection et faire plaisir aux gens en ouvrant le musée. »

La salle « Henri Deglane », instituteur dont les « valeurs d’humanisme et de partage » ont inspiré Jacques © Brice Milbergue

En quatre ans, le musée a attiré des connaisseurs mais nul besoin d’être un spécialiste pour pousser la porte du musée. « Tout le monde repart ravi ! Même les dames qui ont suivies « ces messieurs » ne voient pas passer le temps avec mon « one man show ». » sourit Jacques Beyly. Affable et fin connaisseur de son sujet, il sait partager ses connaissances en se mettant à la hauteur des visiteurs, qu’ils soient férus de vélo ou néophytes. Tous embarquent pour un voyage dans le temps. « Beaucoup de gens sont étonnés de trouver un musée du vélo dans ce village constate-t-il, je raconte l’histoire du cycle et les petites histoires des vélos du musée. » Entre 1300 et 1500 visiteurs viennent quasiment en trois mois et parfois de loin : d’Angleterre, des Pays-Bas et de Belgique en majorité mais aussi des Etats-Unis, du Canada, d’Australie…

Chaque pièce exposée a sa particularité, et Jacques connaît toutes les histoires qui vont avec © Brice Milbergue

Il faut aussi louer l’exemplarité de la collection car chaque pièce est rare et authentique. Pour preuve : le musée a reçu la note maximale de 5 étoiles décernée par le site tchèque Sterba, LA référence européenne dans l’évaluation des musées de vélo. Plus que des musées d’Europe ou des Etats-Unis. « Certains ont eu 3 ou 4 étoiles alors qu’ils sont plus grands et ouverts depuis vingt ans » précise-t-il.

Cette saison, quatre nouveaux exemplaires ont rejoint les salles du musée. Comme ce Magnat-Debon des années 20 équipé du rétro-directe à double chaîne pour pédaler en arrière en côte grâce à la chaîne de gauche et en avant, sur le plat, avec celle de droite. « Cela évitait de casser la chaîne en pédalant à l’envers car elle va toujours dans le même sens » précise-t-il.

Un Magnat-Debon a double-chaine sur lequel on pédalait à l’envers pour monter les côtes ! © Brice Milbergue

Une visite sans coup de pompe

La première salle porte le nom de Bernard Gauthier, l’homme qui a repéré Poulidor en 1959, et présente des vélos de courses. On peut admirer des vélos de piste, demi-fond, cyclos-cross et un Derny. D’autres pièces rares et exceptionnelles sont à découvrir comme des plaques émaillées, affiches, maillots ou cette écharpe remise le lendemain de la mort de Tom Simpson au vainqueur de l’étape Barry Hoban. « Il est décédé en montant le Ventoux le 13 juillet 1967. Le lendemain, le peloton avait laissé gagner son coéquipier anglais. Hoban a reçu cette écharpe verte, il a remis son bouquet à la veuve de Simpson qu’il épousera. » raconte-t-il. On peut aussi voir une collection du magazine « Nous Deux » avec à la une des champions. « Il y en avait huit de connues et j’en ai trouvé une de plus » lance-t-il.

Outre des vélos incroyables, Jacques Beyly déniche aussi des « pépites » improbables ! © Brice Milbergue

Ouverte depuis un an et inaugurée le 29 mai, la salle Pierre Barget, du nom du trésorier de l’ARPAD (Amis de Raymond Poulidor et André Dufraisse) est dédiée aux champions du Limousin comme Henri Rabaute (1943-2000) passé professionnel en 1967 chez Peugeot. Il finira 2ème de l’étape Limoges-Puy de Dôme cette année là derrière Felice Gimondi, 25 secondes devant Poulidor. De nombreux maillots dédicacés sont exposés dont celui de Champion du Monde de Luc Leblanc. « Je présente aussi une collection de maillots de championnes des années 2000 dont celui de l’australienne Emma James qui gagna le 1er Tour féminin du Limousin en 2002 » signale Jacques.

Le fameux maillot violet-et-or de Poulidor chez Mercier et le maillot de champion du Monde de Luc Leblanc © Brice Milbergue

Les constructeurs limougeauds de cycles sont en première ligne avec des modèles sur mesure de Jourde, Picot et Frugier. « Ce vélo fillettes Vampire fabriqué à Châlus par Versavaud a vraiment un nom curieux pour une fillette » s’étonne-t-il.

Le « Vampire », vélo enfant fabriqué à Châlus, et des vélos de course signés Marcel Jourde © Brice Milbergue

Les vélos de métiers nous entraînent dans la roue du boulanger, du boucher, du postier et du pâtissier-glacier qui faisaient leurs tournées sur de jolies montures. « Chaque vélo a une histoire et la particularité du musée par rapport à d’autres est de toucher à tous les domaines comme avec ces vélos de métiers montre-t-il, avant, j’amassais tout ce que je trouvais et maintenant je cherche des pièces qui sortent de l’ordinaire pour le musée. Les vélos rares sont très chers. Je peux aller n’importe où en France pour en ramener un. J’en ai trouvé un en Hollande. »

Une salle de bal transformée en machine à remonter le temps

Dans l’ancienne salle de bal, les visiteurs se plongent dans l’histoire, du premier cycle en 1817 jusqu’aux évolutions techniques du cycle moderne. Daté de 1869, le premier vélocipède à pédales avec roue en caoutchouc est une vraie pépite. « Des collègues en ont mais avec une roue en bois précise Jacques, celui-ci a des roues en caoutchouc mises au point par l’aviateur Clément Ader. » A côté trône un grand bi de 1885. Un vélocipède de transition inventé en 1875 les a rejoints depuis peu. « C’est l’intermédiaire entre ces deux indique notre guide, j’ai aussi un Safety, une bicyclette Peugeot populaire qui permettait de poser les pieds par terre. »

Draisienne ou « grand bi », les premiers cycles de l’histoire sont dignement représentés © Brice Milbergue

Impeccablement présenté, chaque pièce éveille la curiosité. Comme ce curieux tandem remorque qui servit de vélo taxi durant la seconde guerre ou ce side-car Louis Vannod et son tandem Ramel. « Un habitant d’Arnac me l’a donné, il possède un moteur additionnel. » L’un de ses préférés est un « Gnome & Rhône » de 1947 en Duralumin, un alliage d’aluminium plus léger que les précédents cadres en acier. « J’ai ajouté ce siège sur le cadre que je cherchais, il est tellement beau ! Je pourrai le regarder pendant une heure. Là, c’est de l’art ! »

Ce superbe « Gnome & Rhone » en Duralumin avec son siège enfant au design épuré est une véritable oeuvre d’art ! © Brice Milbergue

Bien d’autres merveilles sont à admirer et surtout bien d’autres histoires insoupçonnées sont à découvrir. Des histoires que Jacques Beyly, passioné et passionnant, se fera un grand plaisir de partager !


Deux expositions temporaires

Au musée, l’exposition temporaire « Mini-vélos, grands plaisirs » réunit un grand nombre de vélos pliants des années 60 et 70 de marques Motoconfort, Motobécane, Stella, Sauvage-Lejeune… et notamment deux magnifiques Stellina, un rouge et un bleu, qui équipaient les camping-cars US.

Vintage à souhait, ces vélos pliants sont à découvrir cet été au Musée du Vélo du Haut-Limousin © Brice Milbergue

A la salle du temps libre, une remarquable exposition regroupe 500 cartes postales et photos en noir et blanc pour retrouver les champions d’autrefois et se remémorer leurs exploits. Celle-ci est en accès libre aux horaires du musée.


Musée du Vélo du Haut-Limousin

2 rue de la Piscine, 87160 Arnac-la-Poste

Ouvert tous les jours sans réservation de 10h à 18h jusqu’au 15 septembre, fermé le mercredi.

Visite commentée de 2 h : 6€/adulte, 4€ de 12 à 17 ans, gratuits pour les enfants.

Visite libre possible. Sur rendez-vous du 1er octobre au 1er juin : 5 € pour les groupes, amis, familles, associations à partir de 10 adultes.

Accueil PMR, musée labellisé tourisme et handicap (mental, moteur, visuel).

Plus d‘infos sur le site museeduvelo.fr 

Corinne Mérigaud
Corinne Mérigaud
Journaliste Actus Limousin