« La prévention des feux de forêt, d’espaces naturels et de récolte est un enjeu collectif »

Face à l’augmentation significative des surfaces naturelles, forestières et agricoles déjà ravagées par le feu cette année en Haute-Vienne, les équipes du SDIS 87 intensifient leurs efforts de sensibilisation auprès du grand public.

13 hectares brûlés en juin 2024, 25 hectares en juin 2025, plus de 100 hectares en juin 2026 et puis… 164 hectares ravagés à Magnac-Laval ces derniers jours, un triste « record » historique en Haute-Vienne. Avec une augmentation significative des surfaces naturelles, forestières et agricoles déjà ravagées par le feu sur son territoire cette année, les équipes du Service Départemental d’Incendie et de Secours 87 intensifient leurs efforts de sensibilisation auprès du plus large public. Avec un objectif : que la prévention devienne un réflexe… pour chacun d’entre nous !

Une information de prévention plus lisible

Des épisodes caniculaires récurrents, une sécheresse de longue durée… Si la Haute-Vienne ne figure pas au rang des 52 départements1 considérés comme les plus sensibles au niveau national, le territoire affiche depuis plusieurs jours un risque sévère aux feux de forêt et de végétation, comme en témoigne le nouveau bandeau d’alerte intégré au site du Service Départemental d’Incendie et de Secours 87. Actif depuis la mi-juin, ce dispositif fortement souhaité et porté par ses équipes affiche chaque jour le niveau de vigilance en vigueur dans le département, et plus largement celui susceptible d’impacter la sécurité des populations et l’activité des secours.

Le commandant Jérémy Kaing présente le nouveau bandeau qui indique clairement le risque incendie en cours sur le site du SDIS 87 © Isabelle Haderer

« Notre objectif est de rendre l’information de prévention claire, lisible et immédiatement accessible aux autorités, aux élus et au grand public, afin que chacun puisse adapter ses comportements et ses activités au niveau de risque constaté, en particulier en matière de feux de forêt, de feux d’espace naturel et de feux de récolte, détaille le commandant Jérémy Kaing, adjoint au Groupement Opérations, chef du CTA-CODIS 872. Cela nous permet de sensibiliser le public à un risque plus conséquent, tout en apportant un appui à la décision des autorités et des organisateurs d’événements publics, pour le report ou l’annulation de manifestations le cas échéant ».

Au-delà du risque incendie, ce nouvel outil de prévention pourra aussi intégrer d’autres vigilances météorologiques telles que les orages, les vents violents, les pluies intenses, le grand froid ou encore la neige-verglas.

Une saison très dense

« Cette année, nous avons mobilisé nos pompiers plus tôt, et davantage, ce qui annonce une saison très dense. L’activation du bandeau d’alerte illustre notre volonté de toucher la population la plus large possible, alors qu’on a dénombré déjà 100 hectares brûlés au mois de juin, dont les deux tiers sont des feux de récolte. » Une surface multipliée par 4 par rapport à juin 2025, et plus de 7 par rapport à juin 2024.

De faible à très sévère, le niveau d’alerte est déterminé chaque jour à partir des cartographies établies par Météo France sur la base d’indicateurs précis : niveau de sécheresse du sol à différentes profondeurs, hygrométrie, température, vent, etc. « Ces éléments permettent de définir les risques pour les végétaux dits « morts » comme les récoltes, et pour les végétaux vivants (forêts par exemple). Ils nous permettent d’adapter les moyens engagés dès l’appel sur un feu de végétation, et aussi de préparer toute la phase d’anticipation du CTA CODIS ».

Grâce aux données fournies par Météo France, le CTA CODIS adapte les moyens engagés dès l’appel sur un feu © Isabelle Haderer

A ce jour, le SDIS 87 réunit 215 sapeurs-pompiers professionnels et 858 sapeurs-pompiers volontaires répartis sur 5 secteurs et 30 centres d’incendie et de secours. « Nous renforçons notamment les centres périphériques de Limoges avec la mise en place de pompiers professionnels sur ces casernes, en fonction de l’augmentation des interventions » précise le commandant Kaing.

Le parc roulant comprend notamment 18 engins feux de forêt, 15 engins mixtes feux espaces naturels et urbains, 19 engins feux urbains, 39 ambulances et 7 moyens aériens. Partenaire des départements voisins en cas de besoin, sous couvert des CIAM3 signées par les préfets, le SDIS 87 compte dans ses rangs des personnels spécialisés formés pour l’armement du « pélicandrome » chargé de ravitailler les avions et les hélicoptères bombardiers d’eau. Un demi-groupe haut-viennois a ainsi été envoyé dans les Pyrénées-Orientales la semaine dernière.

Le SDIS dispose de 18 engins feux de forêt et de 15 engins mixtes forêt-urbain © SDIS 87

« Les moyens sont dimensionnés en fonction du niveau de risque établi, de la nature de ce qui brûle, de la superficie impactée, des conditions météo et des enjeux, lorsque des habitations sont menacées par exemple poursuit Jérémy Kaing. Concrètement, plus le niveau de risque est élevé, plus nous engageons de moyens sur un départ de feu ». A Saint-Victurnien, mardi 7 juillet, plusieurs dizaines de pompiers sont intervenus pour fixer l’incendie qui s’est propagé sur 9 hectares après la chute d’une ligne haute tension de 20.000 volts dans un champ de céréales. A Magnac-Laval, les deux jours suivants, ils étaient plus de 80 grâce aux renforts venus de la Creuse et de la Vienne pour prêter main forte aux locaux.

L’incendie de Magnac-Laval a mobilisé 80 pompiers, dont des renforts venus des départements voisins © J.Martin SDIS87

Un appel à tous les citoyens

En lien avec la Chambre d’Agriculture de la Haute-Vienne, le SDIS 87 a entrepris dès le printemps une campagne d’information renforcée auprès des exploitants agricoles, pour la prévention des feux de récolte sur le territoire. « L’activité opérationnelle démontre qu’on a eu raison de le faire. Les feux de récolte sont un vrai sujet en Haute-Vienne, notamment sur le nord-ouest du département. Les indicateurs météo ont d’ailleurs démontré une plus grande fragilité des zones agricoles par rapport aux forêts sur le mois de juin. Nous avons donc souhaité anticiper, en promouvant certaines règles de prévention et de mise en sécurité des personnes et des matériels : veiller à l’entretien régulier des engins, réaliser les travaux agricoles tôt le matin, déchaumer les champs à partir du milieu pour créer une zone pyro-résistante permettant d’éviter la propagation, disposer d’un moyen d’extinction (extincteur, cuve d’eau…) et d’un moyen de communication permettant de joindre au plus vite le 18 ou le 112 ».

« Les feux de récolte sont un vrai sujet en Haute-Vienne, notamment sur le nord-ouest du département » © S.Lariviere SDIS87

Alors que les statistiques nationales font état de 9 départs de feu sur 10 d’origine humaine, les particuliers sont invités à prendre une part active dans la prévention. « Certains gestes du quotidien, parfois anodins, peuvent provoquer des dégâts irréparables. Proscrits, le jet de mégot et le feu de camp en pleine nature, le barbecue à proximité de végétaux, les travaux générateurs d’étincelles et le stockage de combustibles à proximité des habitations (le débroussaillage est en revanche conseillé aux alentours). Enfin, il est bien sûr primordial d’avoir le réflexe de composer le 18 ou le 112 en cas de départ de feu, et d’être capable de se géolocaliser pour orienter les équipes le plus efficacement possible ».

Les épisodes de canicule sont également l’occasion de cultiver le bon sens pour éviter de surcharger des personnels mobilisés au quotidien sur les secours aux personnes et sur les incendies urbains. « Bien s’hydrater, éviter de s’exposer à la chaleur, se baigner en zone surveillée en dehors des heures les plus chaudes de la journée pour éviter les malaises. Plus généralement, s’équiper d’un extincteur, le faire vérifier et se former à le manipuler auprès d’un organisme agréé. Et pourquoi pas… devenir sapeur-pompier volontaire sur le territoire. On a besoin de citoyens qui s’engagent, notamment sur les secteurs ruraux en périphérie de Limoges, en particulier au nord du département » conclut Jérémy Kaing.

Pour plus d’informations, rendez-vous sur le site sdis-87.fr ou suivez les pompiers de Haute-Vienne sur facebook

1 dont la Corrèze

2 CTA – Centre de Traitement de l’Alerte / CODIS – Centre Opérationnel Départemental d’Incendie et de secours

3 CIAM – Convention interdépartementale d’assistance mutuelle