L’an dernier, le Limousin a accueilli près de 160 jours de tournage de films et s’est retrouvé sur les petits et grands écrans, et même au sommet du Festival de Cannes. D’où vient cette relation entre notre territoire et le cinéma ?
La semaine dernière, les équipes de tournage de « Johnny », le biopic réalisé par Cédric Jimenez, étaient à pied d’oeuvre dans les environs de Meymac pour tourner quelques scènes dans l’ambiance canadienne de la Haute-Corrèze. Qu’il soit un élément central de l’intrigue ou un simple décor, au fil des époques, le Limousin a su séduire de nombreux cinéastes du petit et grand écran : l’année dernière, ce ne sont pas moins de 160 jours de tournage recensés sur les trois départements de la région !
Dans les grands crus, on retrouve Notre Salut d’Emmanuel Marre, prix du scénario du Festival de Cannes 2026, ou Histoire de la nuit de Léa Mysius, lui aussi projeté à Cannes. Et le petit écran n’est pas en reste, puisque les deux épisodes des téléfilms de France Télévisions Meurtre à… (à Aubazine et en Porcelaine), ont réuni près de 4 millions de téléspectateurs chacun.
Sur le tournage de "Meurtre en porcelaine" en octobre 2025 © Laurent Moreau
Une histoire entre le 7e Art et le Limousin, discrète, mais qui si l’on s’y penche de plus près, s’inscrit dans la durée.
Le Limousin et le cinéma
Des caméras en Limousin, on en retrouve dès 1919, au début du cinéma moderne. Cette année-là, Julien Duvivier réalise en Corrèze Haceldama ou le prix du sang, un western bien loin du Far West américain ! Séduit par le département, il y revient en 1932 tourner Poil de Carotte, un drame sur un enfant malmené par ses parents.
C’est dans les années 1990 que le cinéma en Limousin atteint ses heures de gloire avec l’incontournable et multi-récompensé aux César de 1999 : Ceux qui m’aiment prendront le train de Patrice Chéreau ; un film ayant pour destination finale le cimetière de Louyat à Limoges. La même année, François Ozon, lui prend la direction de la Corrèze pour son thriller Les Amants criminels. Plus récemment, d’autres projets ont su attirer les projecteurs sur la région comme Lady Chatterley et ses nombreuses récompenses ou la très populaire série de 7 saisons Un village français tourné en partie en Creuse et en Haute-Vienne.
Le Limousin parvient même à séduire le cinéma américain avec la série The new look, tournée à Saint-Yrieix-la-Perche en 2022. « Ce qui est impressionnant avec ce territoire, c’est que l’on peut réussir à tourner de tout : film d’époque, d’horreur, en milieu rural, urbain, thriller, fiction populaire, documentaire, vulgarisation scientifique… certains tournent même des films de science-fiction ! », se réjouit Laurent Moreau, chargé du bureau d’accueil des tournages de l’Alca pour la Corrèze, la Creuse et la Haute-Vienne.
Alca c’est quoi ?
L’Alca ou l’agence du livre, cinéma et audiovisuel est une institution chargée d’accompagner les professionnels et les amateurs du cinéma dans leurs tournages. En Creuse, Corrèze et Haute-Vienne, c’est le bureau de Limoges, qui grâce à un fonds de soutien, aide au développement, à l’écriture et à la production de longs et de courts métrages, de films d’animation ou encore de documentaires.
Grâce à son carnet d’adresses et son implantation locale, l’Alca sert aussi d’intermédiaire entre les organismes locaux et les productions pour les lieux de tournage, mais aussi entre les techniciens de la région et les équipes de films ! Elle peut également accompagner pour des repérages, répondre à des recherches de réalisateurs ou encore aider à l’organisation de castings.

La force du territoire : sa variété !
Et c’est justement ça, la grande force du Limousin : sa variété de décors. Des reconstitutions d’époque à Limoges aux lacs à l’ambiance du grand nord-américain en Haute-Vienne, en passant par les nombreux champs et villages du territoire… il y a de quoi trouver son bonheur en Limousin ! « On peut passer d’une ambiance à une autre sans avoir besoin de parcourir des centaines de kilomètres. La variété de décors permet aussi d’imaginer de nombreuses scènes et intrigues. L’autre avantage, c’est qu’on remarque un certain enthousiasme des institutions à accueillir des films, ce qui facilite grandement les échanges et les autorisations de tournages. », explique Laurent Moreau.
Des compétences et des retombées économiques
Car si le cinéma offre une visibilité à la région, il permet aussi d’importantes retombées économiques : hôtels, restaurants, commerces et sans compter les nombreux emplois directs. A chaque tournage, c’est toute une économie qui se crée. « En Limousin, on dénombre une centaine de techniciens qualifiés sur de nombreux domaines : image, son, préparation, maquillage, et même coordinatrice d’intimité et éco-manager. Il y a des gens qualifiés pour chaque tâche et besoin d’un film », souligne Laurent Moreau.
Image, son, maquillage... il y a une centaine de techniciens dans tous les domaines du cinéma en Limousin ! © Laurent Moreau
Mais bien évidemment, un film est aussi l’occasion pour quelques heureux élus de faire leur premier pas dans le cinéma. On peut citer le Haut-Viennois Nicolas Maury, connu pour son personnage d’Hervé André-Jezak dans la série Dix pour cent, et qui avait fait ses débuts dans un petit rôle dans Ceux qui m’aiment prendront le train. Depuis, sa carrière a bien décollé et il est même revenu dans la région en 2020 pour réaliser son premier film Garçon Chiffon.
"Garçon Chiffon", premier long-métrage de Nicolas Maury
Côté corrézien, c’est l’option « cinéma-audiovisuel » du lycée d’Arsonval de Brive qui a mis derrière la caméra plusieurs réalisateurs et réalisatrices, notamment Hélier Cisterne, Katell Quillevéré et Sébastien Bailly.
Le cinéma du grand écran… mais aussi du petit
D’autres en revanche n’attendent ni équipe de tournage, ni production : les cinéastes amateurs et indépendants comme l’association l’œil à Limoges ou le réalisateur Mathéo Clary et sa web série Last Chance. Un cinéma made in Limousin qui peut compter sur plusieurs soutiens : la région pour une aide financière à la réalisation des premiers films, la ville de Limoges avec son accompagnement aux jeunes réalisateurs et des tarifs préférentiels sur plusieurs infrastructures de la ville, ou encore l’université de Limoges avec ses ateliers cinéma.
L’Alca aussi n’est pas en reste, en assistant avec un accompagnement personnalisé ces équipes qui ont fait le choix de l’indépendance, voire de l’autofinancement. « Ces premiers films, bien qu’ayant pour certains un aspect visuel quasiment professionnel, restent des productions au budget très réduit. Notre mission va donc d’être de les aider à économiser au maximum leur coût en trouvant des idées alternatives et en adaptant le scénario au budget. Mais quand les idées et la débrouillardise sont là, le reste suit », termine Laurent Moreau.
Alors qu’il soit sur petit ou grand écran, le cinéma a encore de beaux jours devant lui dans le Limousin !
Une terre de festival
Si l’on tourne des films en Limousin, on en regarde aussi puisqu’on y recense plusieurs festivals de cinéma consacrés à un format ou à une thématique en particulier. En voici quelques uns :
- Festival du cinéma de Brive : consacré au « moyen métrage », le festival initié par Katell Quillevéré et Sébastien Bailly s’est taillé une solide réputation en 23 édition au point de devenir le rendez-vous incontournable de la « jeune garde » cinématographique… La prochaine édition se déroulera du 5 au 10 avril 2027. Plus d’informations sur festivalcinemabrive.fr
- Festival Horizon Vert : organisé par le réseau Cinéma 87, le festival Horizon Vert a une double-particularité puisqu’il s’intéresse au cinéma d’écologie et d’environnement, et propose chaque année une sélection très qualitative d’une vingtaine de films et documentaires qui sont diffusés aux 4 coins de la Haute-Vienne (Eymoutiers, Saint-Junien, Saint-Léonard de Noblat, Saint-Yrieix-la-Perche). La 7ème édition devrait se tenir au début du printemps 2027… Plus d’informations sur festivalhorizonvert.fr
- PFFF ! Pleins Feux sur le Film Francophone : un petit festival dédié aux courts-métrages qui se déroule à Limoges chaque automne et qui permet à de jeunes réalisateurs et réalisatrices en herbe de présenter leurs premières productions…
- Limouzi Film Festival : « deux jours de festival international… au milieu de la campagne limousine », voilà la promesse de ce nouveau festival qui se déroulera les 10 et 11 octobre à Champagnac-la-Rivière (87). 30 films, 3 prix, des conversations et plein d’animations, le Limouzin a vu les choses en grand dès sa première édition, ça promet ! Plus d’informations sur limouzi-filmfest.com
Pour aller plus loin
Feuilletez le livre Limousin sur grand écran (2013) de Philippe Grandcoing et Marc Wilmart qui revient sur l’histoire du cinéma dans la région.


Sur le tournage de "Meurtre en porcelaine" en octobre 2025 © Laurent Moreau
Image, son, maquillage... il y a une centaine de techniciens dans tous les domaines du cinéma en Limousin ! © Laurent Moreau
"Garçon Chiffon", premier long-métrage de Nicolas Maury