« Mitote », un second album qui bouscule pour l’artiste limougeaude « Najma Dream »

Avec « Mitote », son second album, l’artiste limougeaude Najma Dream ne fait pas dans la dentelle ! Elle revient avec douze titres acérés dans lesquels elle brandit au plus haut ses engagements féministes sur fond de musique électro-balkanique…

« Mitote » : danse rituelle et populaire autrefois pratiquée par les Aztèques. En usage plus courant : vacarme, fête, grabuge (Larousse).

« Mitote », c’est donc le nom choisi par l’artiste limougeaude « Najma Dream » pour baptiser son prochain et second album, édité par le label rennais Vlad. Et pour la première fois, Cécile Douchet accompagne ses productions électroniques de textes saillants, écrits en français, dans lesquels elle porte à la lumière un discours cru sur les questions qui taraudent aujourd’hui la part intime de la société. De la pornographie aux discours masculinistes en passant par le conditionnement des corps, Najma Dream n’y va pas par quatre chemins pour exposer des combats encore trop invisibles et souvent menés par les femmes. Ses instrus colorées et déchaînées mélangent des rythmes acides et trépidants à de la musique acoustique : saxophone, cuivres, percussions. De quoi osciller entre frénésie festive et interrogations constructives.

De la Panthère Rose aux musiques balkaniques en passant par la techno

Native de Limoges, Cécile Douchet a jeté son dévolu très tôt sur le saxophone. Elle n’a que six ans lorsqu’un atelier d’éveil musical dispensé par son établissement scolaire pose le premier pavé de son cheminement musical. « Pourquoi le saxophone ? Grâce au thème de la Panthère rose et à Lisa Simpson. Très tôt, je me mets à souffler dans cet instrument. Puis, je rentre au conservatoire de Limoges et y reste jusqu’à mes 15 ans », retrace la musicienne. Elle y fait ses gammes, y nourrit son attrait pour la musique mais s’ennuie voire « sèche » les cours de solfège. Et on la comprend.

« Malheureusement, je n’étais pas très assidue, reconnaît l’instrumentiste. Je préfèrerais jouer. Nous avions un jeune professeur avec une approche moins classique. C’était chouette, on découvrait des choses plus modernes. Puis j’ai été exclue à cause du solfège après avoir redoublé », se remémore-t-elle, un sourire en coin. L’adolescence venant, la pratique musicale s’éloigne. Elle explore, fréquente les soirées technos et s’éprend pour ce genre subversif et encore underground : « En cours, j’avais même fait un exposé sur la tech, sourit-elle. C’est à ce moment-là que je me rends compte que la musique, c’est aussi une affaire de lien, un moyen d’expression et de partage de ses convictions ».

Pour Najma Dream, la musique c’est « un moyen d’expression et de partage de ses convictions ». © John Marquez

 

On a tous de grandes révélations à l’adolescence. Pour la Limougeaude, ce sera les films de Tony Gatlif et d’Emir Kusturica : « Ce sont les musiques qui me frappent. Le côté festif et tous les cuivres, je trouve ces musicalités très riches et pleines d’émotions. De découvrir cet usage du saxophone, qu’on a d’ordinaire tendance à entendre dans du jazz ou de la funk, j’étais scotchée », raconte la musicienne. À fouiller les banques musicales, d’un CD à un autre, Cécile découvre les musiques manouches, Django Reinhardt… « Je comprends, à ce moment là, que ces musiques sont éminemment politiques. Elles parlent de liberté et d’émancipation », explique-t-elle.

En 2009, l’ancienne élève du conservatoire quitte la faculté de Bordeaux et ses études menées « par curiosité » pour s’envoler. Cap sur les Balkans, cap sur la Roumanie. « Sur place, on cherche à rencontrer des musiciens. Là-bas, la musique est plus ancrée culturellement. La pratique se fait en famille. Ici, elle est plus cadrée, derrière les écoles de musique ou les institutions, relève Cécile. On se rend à Clejani, village situé au sud-ouest de Bucarest, réputé pour son lien fort avec les musiques locales. Par chance, on tombe sur le leader des Tarafs des Haïdouks, célèbre ensemble musical roumain », raconte l’artiste. Ce voyage l’immerge entièrement dans une culture locale où les musiciens occupent une place à part. « Le fait d’avoir un instrument sur le dos suscite la sympathie », note-t-elle.

« Le fait d’avoir un instrument sur le dos suscite la sympathie » © Maude Fourgerot

 

De rencontre en rencontre, celle qui n’est pas encore Najma Dream découvre la fièvre musicale populaire, rencontre des musiciens et ramène, dans son sac à dos, des inspirations qui ne la quitteront plus.

Retour au bercail et confinement électronique

De retour dans l’hexagone, Cécile souffle quelques années dans un collectif de musique tzigane bordelais et tourne dans le Sud-Ouest. Puis, retour à Limoges. Celle qui s’en était enfuie adolescente se réconcilie avec sa terre natale. Ici, elle cultive son réseau, rencontre, joue, compose et se met à chanter. « Je reviens à Limoges, proche de mes bases et d’une zone de sécurité », étaye-t-elle. Elle entame, petit à petit, sa transition vers Najma. Le confinement est annoncé. Depuis son ordinateur, les prémices de sa musique électronique germent : « je tombe sur une masterclass en ligne d’un saxophoniste qui utilise des loopers et des effets », se rappelle-t-elle.

Ainsi, elle se met à conjuguer, à l’aide du logiciel de musique électronique, ses inspirations balkaniques, son goût pour la techno et sa pratique du saxophone. « Ce côté transcendant de la musique techno, l’aspect répétitif, cette fièvre,  je retrouve de tout ça dans les musiques d’Europe de l’est », explique-t-elle. Najma, « étoile » en arabe, naît sous ses doigts et donne vie à « Nadara », son premier album, sorti en 2023 et composé en partenariat avec un beatmaker, qu’elle partagera en live trois saisons durant.

« Mitote » et les engagements de Najma

Forte d’une expérience technique acquise au gré des concerts et des compositions, Najma poursuit ses élans créatifs auxquels elle mêle, désormais, des engagements intimes. « Après m’être battu contre mes addictions, je trouve la voie de l’abstinence. C’était comme ouvrir une porte. À ce moment, je mets le doigt sur une volonté d’expression. Je commence à écrire en français et les textes deviennent le cœur de mes projets. Je renoue avec les chansons françaises que j’écoutais enfant, explique Najma. Je me sers de la musique électronique pour diffuser mes engagements féministes, raconter, décortiquer mes expériences. Pour moi, c’était une urgence d’exprimer tout ça. J’ai éprouvé dans ma chair les injonctions patriarcales. Maintenant je dis que je fais de l’électro militante », poursuit-elle, impavide.

Mitote, deuxième album de Najma Dream, sort ce vendredi 25 septembre à minuit

 

L’album, dont la sortie est programmée à minuit ce vendredi, apparaît comme un témoignage libéré. Sur des productions qui incitent à taper du pied, Najma délivre un récit aussi sincère que dur. Elle y interroge la sexualisation des artistes féminines et dénonce, entre autres, l’âgisme, la culture du viol et le patriarcat. « Quand on écoute, on est pris par la musique puis on s’arrête sur les paroles, ça fait tiquer. J’aime ce contraste. Je ne suis pas là pour débattre de mes expériences. Mon corps n’est pas un débat, ma vie n’est pas un débat, je ne suis pas là non plus pour faire preuve de pédagogie : j’exprime simplement, clame-t-elle. Mais j’y vais de manière frontale car il faut que ça avance. »

Des textes subversifs, des idées claires, des mélodies dansantes nourries aux nombreuses influences de l’artiste, c’est ce qui résume ce douze titres engagé offert par l’artiste.


Najma Dream en tournée

  • 25/09 – Le Noktambül – Rennes (35)
  • 26/09 – La Belle de Jour – Nantes (44)
  • 03/10 – Le Magnagout – Berlou (34)
  • 09/10 – BDP – Guéret (23)
  • 17/10 – Les Férrières – Oléron (17)
  • 24/10 – Les Caves Saint Sabin – Paris (75)
  • 06/11 – La Fabuleuse Cantine – La Rochelle (17)

Pour suivre l’actualité de Najma Dream, rendez vous sur le site najmadream.com 

« Mitote » est disponible dès aujourd’hui sur les principales plateformes de musique en ligne

Gorka Martos
Gorka Martos
Journaliste Actus Limousin