Eymoutiers serait-elle une destination prisée par les artistes ?

Des artistes ont trouvé la destination de leurs rêves à Eymoutiers. Nous avons rendu visite certaines d’entre elles, dans leurs ateliers, en attendant la prochaine édition de « Les artistes d’Eymoutiers ouvrent leur porte »…

Avec 51 artistes et 21 lieux à découvrir, la 3ème édition de « Les artistes d’Eymoutiers ouvrent leur porte« , qui s’est déroulée au printemps, a vu le nombre de participants doubler en deux ans. La fréquentation a également progressé avec plus de 300 visiteurs qui, durant deux jours, ont poussé la porte d’ateliers à la découverte de lieux inattendus. Plus de 50 artistes dans une petite ville qui compte à peine plus de 2000 habitants, une exceptionnelle densité de créativité !

Opérations « portes ouvertes » chez les artistes

Nous nous sommes donc rendus chez Patricia Labache qui a participé à l’émergence de cette opération « portes ouvertes » chez les artistes. Elle est arrivée à Eymoutiers voilà sept ans après avoir vécu à Granville et dans la Drôme et a aménagé le grenier d’une ancienne maison de tanneur pour installer son atelier avec vue imprenable sur la Vienne. Elle a posé ses valises à Eymoutiers après avoir visité l’Espace Rebeyrolle et découvert les deux grandes cascades du peintre. Six ans après, elle s’y est installée. « Je suis ravie d’être ici, ça me comble, j’ai enfin un atelier et la nature me touche énormément. »

Patricia Labache dans son atelier installé dans le grenier d’une ancienne maison de tanneur © Corinne Mérigaud

« J’ai lancé l’idée d’ouvrir nos ateliers mais cela n’a pas pris de suite et en septembre 2023, j’en ai parlé à Cécile Santoni car elle a un gros carnet d’adresses et un collectif informel s’est formé raconte-t-elle, il faut avoir son atelier d’art ou d’artisanat sur place, pouvoir faire les visites à pied et inviter un ou plusieurs artistes de son choix. Là, on s’est rendu compte qu’il y avait pas mal d’artistes sur place qui nous ont suivis. »

Au fil des éditions, le nombre d’artistes impliqués a augmenté et devrait progresser pour la 4ème édition. « Trois jeunes filles qui sortent de l’ENSAD Limoges dont une céramiste et une qui travaille le textile vont s’installer à Eymoutiers dans l’atelier du sculpteur Rémi Polak ajoute Caroline Grellier, peintre chargée de la communication de l’événement. Ici, la communication entre les gens est très forte, ça participe à cette effervescence et à l’émulation culturelle. Cela crée une motivation pour travailler ensemble. Il y a une vraie communauté d’artistes qui échangent car, en tant que peintre, on peut avoir une grande solitude. »

Ce concept de portes ouvertes est sans équivalent sur le département. L’alchimie entre artistes et lieux a plu au public qui a répondu présent venant parfois de loin, Tulle, Treignac et Limoges avec des retombées directes pour les commerçants. Certains ont loué un hébergement pour rester le week-end ou pris une chambre d’hôtel à la dernière minute pour prolonger la découverte. « Le parcours est très facile grâce au dépliant pour visiter quasiment tous les ateliers en un jour ajoute-t-elle, la rencontre est intime. Moi j’ai passé du temps avec chacun, il y a des curieux extrêmes, d’autres plus discrets et on parle de notre passion. »

Une façon de montrer l’art différemment que dans un musée © Caroline Grellier

Voilà une façon de montrer l’art différemment que dans un musée ou une galerie et d’attirer un public qui n’irait peut-être pas. Le côté « surprise » de ne pas savoir ce qu’on trouvera derrière la porte fait partie de l’expérience. « Les gens sont ravis, ils découvrent des lieux privés, des œuvres et des vues qu’on ne voit pas de la rue poursuit-elle, ça permet de se faire connaître et de désacraliser l’art. » Une démarche pas si évidente mais que les participants apprécient.

Une palette artistique très variée

Peintre depuis vingt ans, Caroline Grellier est arrivée du Sud, cherchant un lieu pour fuir la chaleur méditerranéenne. Elle a repris ses pinceaux à plein temps et a beaucoup produit depuis trois ans. « Mes personnages visitent de nouveaux paysages indique-t-elle, ils passent de mes photos de plage ou de cartes postales des années 1900 à de nouveaux décors, inventés ou inspirés par eux. » Elle peint avec une loupe sur des photos de 3×5 cm, grand comme un négatif, et détourne les personnages en créant un nouveau décor et une série qui raconte une histoire. Elle utilise aussi de vieilles cartes postales 9×13 cm pour trouver des personnages d’un autre temps. Elle exposera ses créations à la bibliothèque d’Eymoutiers du 8 juillet au 31 août.

Des miniatures « peintes à la loupe », à découvrir tout l’été à la bibliothèque d’Eymoutiers © Caroline Grellier

On franchit la Vienne pour monter au Champ de Foire et découvrir l’atelier de Daphné Bitchatch. Dans une impasse étroite, accessible à pied, elle a installé son atelier à l’étage de sa maison restaurée durant trois ans. Peintre autodidacte depuis plus de 40 ans, elle a beaucoup travaillé à l’étranger, exposé et fait des résidences d’artistes. Daphné fait des assemblages, récupérant des pianos qu’elle désosse pour concevoir ses créations originales. Et sur ses toiles, c’est comme une explosion. « Je peins à l’huile, je suis addict de la térébenthine, ici ça s’allège avec la nature mais il faut que ça éclate, que ça sorte résume-t-elle, il y a des blessures ressenties par rapport à ce qui se passe dans le monde comme ma dernière série Les massacreurs. Pour moi, la peinture est quelque chose de dramatique et sérieux. »

Peintures explosives et sculptures réalisées avec des pièces de piano de Daphné Bitchatch © Corinne Mérigaud

Elle a aussi choisi Eymoutiers après avoir visité l’Espace Rebeyrolle en 1997 et le Centre international d’art et du paysage de Vassivière. « A Paris avoir un atelier et un appartement, c’était impossible. Ici, je savais qu’il y avait des artistes, des amis et des expositions. » Pour les portes ouvertes, elle avait invité sa voisine Gwé et son ami Zon Sakaï venu spécialement du Japon. « Il a fait une performance sur le marché explique-t-elle, il achetait ses légumes et les mettait dans son caddy sur son oeuvre en chambre à air, c‘était une première très attendue dans ce cadre-là. »

Zon Sakai aime à promener et enrichir une de ses oeuvres dans les rues © Daphné Bitchatch

C’était aussi une première pour cette Parisienne d’adoption qui venait d’emménager. L’artiste a été surprise par le nombre de visiteurs, l’accueil et les échanges y compris avec des enfants et des ados. Les visiteurs s’échangeaient les bonnes adresses, les lieux à voir, ceux qui les avaient plus ou moins touchés… « On lie des connaissances, il y a les invités de chacun et le côté balade qui plaît aux gens résume Daphné, je suis contente de leurs réactions. Ils ont découvert des tas de lieux comme cette impasse. Maintenant, les commerçants nous situent par rapport à ce qu’on fait. Il y a aussi une forme d’enrichissement mutuel. »

21 ans après sa disparition, Paul Rebeyrolle continue d’attirer des artistes talentueux dans sa ville natale.

La prochaine édition aura lieu les 3 et 4 avril 2027. Renseignements jusqu’au 31 décembre pour les artistes à tostivintcatherine@gmail.com 

Corinne Mérigaud
Corinne Mérigaud
Journaliste Actus Limousin