À quelques jours de la 37ᵉ édition du festival Urbaka, organisateurs et bénévoles s’affairent. C’est une année entière de travail qui s’apprête à prendre vie entre le jardin d’Évêché et la cathédrale Saint-Étienne. Reportage dans les coulisses
Mise à jour 24/06 – 20h30 : Le festival Urbaka 2026 est annulé ! En raison de la canicule, l’organisation vient de confirmer l’annulation du festival qui devait se tenir du 25 au 27 juin, dans un souci de santé et de sécurité du public, des artistes, techniciens et bénévoles.
Dans les bureaux du festival Urbaka, nichés à l’abri de la canicule au sein de la Maison du Peuple, Barbara Marchadier, coordinatrice administrative du festival, pianote sur son ordinateur. Parvenir à programmer 17 représentations, assurées par 15 compagnies, le tout sur 3 jours, n’est pas une mince affaire. Pourtant, l’ambiance est beau fixe. La hâte se mêle au stress et les projections aux souvenirs : « Je me rappelle des gens nous disant de continuer à faire vivre ce festival. Ça me pousse dans mon métier », confie l’unique salariée du festival.
Barbara Marchadier baigne dans le milieu culturel depuis 23 ans. Et le festival fondé, « pour échapper un peu à l’Avignonite » par feu Andrée Eyrolles puis repris par feu Jacques Reix suscite en elle, « un affect particulier. J’ai toujours adoré cet événement. Ça nous sort du quotidien, ça annonce l’été, ça agrège des publics de tous les horizons. C’est tout de même génial d’arriver à Limoges et de tomber sur des spectacles gratuits, dans la rue même, se réjouit-elle. L’espace public est une scène à part. D’un endroit à un autre, les ambiances changent. Par exemple, côté jardin, on peut trouver des représentations plus intimistes. Je me rappelle avoir été particulièrement émue de voir cette communion entre artistes et spectateurs ».

Une organisation d’envergure
Cette manifestation gratuite et tout public ne serait pas possible sans le travail mené en amont : « on se déplace partout en France, dans les autres festivals de rue référencés. On reste attentifs à ce qu’il se passe. La programmation implique aussi de valoriser des spectacles régionaux. Que ce soit du théâtre, de l’improvisation, du théâtre d’objet, du cirque ou de la danse. ». Un travail de titan donc, malgré les renforts déployés aux mois de décembre et janvier. Parmi eux, Mandy, jeune étudiante en service civique, dont c’est le premier emploi. Au même titre que sa responsable, Mandy élabore les derniers préparatifs, non sans plaisir : « J’ai grandi avec Urbaka. Je pense que ça a contribué à infuser la culture en moi, sourit-elle. Après mon bac théâtre, j’avais envie d’explorer les métiers du spectacle. Urbaka tombait à point nommé. » La jeune femme apprécie tout particulièrement le côté populaire et inclusif du festival limougeaud : « Le théâtre n’est plus excluant quand il se joue dans la rue et comme il n’y a aucune barrière tarifaire, Urbaka permet de réunir des publics « accidentels ». ».

Bien qu’absente des bureaux, Joëlle Pierredon, membre du conseil d’administration et référence bénévole depuis 3 ans, fignole l’emploi du temps. Là aussi, l’exercice requiert temps, patience et précision : « Ma mission consiste à organiser les 54 bénévoles présents sur le festival. De la buvette à la distribution de jetons en passant par le gardiennage, je chapeaute le tout. D’expérience, les imprévus ne sont jamais loin. Que voulez-vous, on trouve des solutions, soupire-t-elle sans perdre son optimisme. Parallèlement, je m’occupe d’instaurer, au cours de l’année précédant le festival, une dynamique chaleureuse et conviviale entre les bénévoles. Les gens donnent de leur temps, alors s’occuper du festival se doit d’être, au moins, 50% de plaisir. Sans bénévoles : pas de festival ! ».

Des spectacles soufflés pour les personnes atteintes de cécité
Instaurer une cohésion et rédiger des plannings ne semblent pas être assez pour Joëlle Pierredon. En parallèle de ces tâches, la bénévole s’est également attelée à tisser plusieurs partenariats : « Depuis le mois de février, une dizaine de jeunes de l’EMESD, un établissement médico-associatif de Limoges, confectionnent des éco-cups en vue du festival, supervisés par leurs éducateurs. Ces jeunes qui, de prime abord, ne seraient peut-être pas venus, seront bel et bien présents grâce à ce partenariat ».
Autre point clé choisi par les organisateurs : l’accessibilité. En marge de cette 37ᵉ édition, les spectacles seront soufflés pour les personnes atteintes de cécité. Une première dans l’histoire d’Urbaka. « Quatre spectacles seront entièrement soufflés. Les personnes sont accompagnées au préalable afin de rentrer dans l’univers du spectacle ». Ici, encore, Urbaka ouvre les bras et étreint large.
Entre 2018 et 2023, le festival qui durait alors cinq jours, drainait environ 10 000 spectateurs. Désormais condensé sur trois jours, il voit tout de même défiler entre 6000 et 7000 spectateurs. Des chiffres qui attestent de sa qualité autant que de sa pérennité. Et qui encouragent à les partenaires institutionnels à maintenir leur soutien pour conserver la gratuité de l’événement.
37ème édition du festival Urbaka, du 25 au 27 juin à Limoges
La 37ème édition d’Urbaka se tient du 25 au 27 juin 2026. Théâtre en tout genre, danse, cirque, musique, humour ou acrobaties… Urbaka 2026 propose une vingtaine de spectacles et un beau florilège d’art vivant. Les représentations se déroulent au plus près du public, sur plusieurs sites répartis dans le cadre enchanteur des jardins de l’Evéché de Limoges. Les spectacles sont gratuits et accessibles, dans leur grande majorité, à tous les publics.

La programmation complète, détails et horaires des spectacles, est disponible sur le site urbaka.com
Plus qu’un festival, « une manière de résister »
Selon le baromètre de l’Observatoire des politiques culturelles, 50% des collectivités territoriales ont revu à la baisse les budgets consacrés à la culture en 2025, et ce, quelle que soit l’orientation politique. Les ressources allouées s’amenuisent et la culture se précarise. Pour Laurence Lemasson, bénévole, hôte d’artistes et grande adepte du festival depuis l’enfance, Urbaka est « une manière de résister » comme un drapeau brandi. Celui d’une culture vivante, animée par celles et ceux qui la font : les artistes. En ce sens et pour la première fois, Laurence Lemasson ouvre sa porte à la compagnie Zézargo : « Ouvrir sa porte, c’est quelque chose qui ne se fait plus beaucoup et qui peut faire un peu peur. Mais c’est l’identité du festival. Je me souviens découvrir Urbaka petite, j’avais même un poster dans ma chambre. C’est un peu une manière de rendre au festival ce qu’il m’a donné. Je me rappelle avoir été émue aux larmes après la pandémie, quand le festival est revenu. Voir tous ces échanges et ce vivre ensemble, ça m’a touchée », confie la bénévole.
Propos corroborés par Barbara Marchadier, toujours affairée à son bureau : « J’ai très vite compris que la culture pouvait être une arme fatale dont la mission première est de lever des barrières. C’est aussi pour ça que nous mettons l’accent sur la diversité des publics en proposant justement des spectacles pour tous et toutes ». Malgré la baisse des subventions, l’équipe d’Urbaka a plus que jamais foi en la culture et son festival rassemblera à coup sûr de nombreux fidèles, sur le parvis de la cathédrale de Limoges et dans les jardins de l’Evéché.


