Economie en Corrèze : l’industrie tient, le bâtiment et les commerces souffrent

La CCI de la Corrèze et la Banque de France ont présenté mardi à Brive leur bilan économique du premier semestre 2026. Le constat, « ni tout rose, ni tout noir », cache de grands écarts d’un secteur à l’autre.

« En Corrèze, nous avons de véritables résistants. » Françoise Cayre, présidente de la CCI de la Corrèze, l’a redit en ouverture. Jérôme Naves, directeur adjoint de la Banque de France en Corrèze, partage cette analyse : « Ce mot de résilience, je ne voulais plus le dire, mais je suis bien obligé de le constater. » L’étude de mi-année de la Banque de France, menée en juillet sur 986 entreprises de Nouvelle-Aquitaine, et le 28e baromètre éco de la CCI, réalisé auprès de 300 dirigeants corréziens, vont dans le même sens : les entreprises font face, mais dans un contexte de fortes incertitudes. Guerre au Moyen-Orient, hausse des carburants, canicule, croissance nationale limitée à 0,4 % et climat politique incertain pèsent sur l’activité.

Jérôme Naves, directeur adjoint de la Banque de France en Corrèze, et Françoise Cayre, présidente de la CCI 19 © DR

L’industrie tient bon

« Nous avons de très belles entreprises industrielles en Corrèze », souligne Françoise Cayre. 81 % des industriels du département jugent leur situation bonne ou très bonne, soit 15 points de plus qu’en janvier, et 71 % ont confiance dans l’avenir de leur entreprise. À l’échelle régionale, la Banque de France prévoit encore une hausse de 1,7 % du chiffre d’affaires industriel en 2026, contre 3,8 % espérés en début d’année. « L’industrie résiste, mais elle doute », nuance Jérôme Naves. Si l’aéronautique, la défense et l’électronique tirent la croissance,  l’agroalimentaire, le bois ou le papier-carton marquent le pas.

Le BTP sous pression

Le bâtiment et les travaux publics affichent les résultats les plus dégradés. 80 % des entreprises corréziennes du secteur ont vu leurs marges baisser au premier semestre, et 54 % s’attendent à des carnets de commandes moins remplis d’ici la fin de l’année.

Moins de chantiers, une concurrence plus vive et des devis tirés vers le bas expliquent cette situation. Françoise Cayre rapporte aussi l’inquiétude des professionnels face à l’arrivée de grandes entreprises sur les marchés locaux : « Elles cassent les prix, et les entreprises locales n’arrivent pas à suivre. » Seuls 24 % des professionnels du BTP prévoient d’investir dans les six prochains mois, contre 46 % en janvier, et 3 % à peine se disent confiants dans l’économie française. Quelques éclaircies apparaissent néanmoins dans les secteurs de la climatisation et de l’isolation.

Commerces et restaurants à la peine

Dans le commerce, 49 % des entreprises ont vu leur chiffre d’affaires reculer et la moitié leur trésorerie se dégrader. « Le commerce souffre depuis des années, mais aujourd’hui, tous les négoces connaissent des difficultés », constate Françoise Cayre. La canicule a vidé les rues cet été, et les consommateurs surveillent leurs dépenses. Les cafés, hôtels et restaurants encaissent le choc le plus brutal : ils ne sont plus que 59 % à juger leur situation bonne, contre 85 % en janvier. Selon les chiffres présentés, l’hébergement-restauration est aussi le premier secteur touché par les liquidations judiciaires. Les services, eux, restent plus stables, même si 38 % des entreprises enregistrent une baisse d’activité.

Des difficultés qui s’additionnent

Tous secteurs confondus, la trésorerie s’amenuise, les délais de paiement s’allongent et les recrutements restent compliqués : 72 % des dirigeants qui ont cherché à embaucher ont eu du mal à trouver les bons profils. Au tribunal de commerce de Brive, 115 procédures collectives ont déjà été ouvertes sur les sept premiers mois de l’année (contre 101 en 2025), dont 76 liquidations. La présidente de la CCI s’inquiète aussi de voir des chefs d’entreprise céder leur affaire avant l’âge de la retraite. « Après le Covid, les gilets jaunes, le coût de l’énergie et l’inflation, on peut atteindre un seuil de découragement. Quand des entreprises patrimoniales disparaissent, c’est toute l’économie locale qui perd de la richesse. »

Face à ces difficultés, la Banque de France rappelle qu’elle peut accompagner gratuitement les dirigeants, en lien avec la CCI, les experts-comptables et les organisations professionnelles. Avec un conseil : ne pas attendre. « Plus on s’y prend tôt, plus on peut trouver des solutions. »

Le premier baromètre économique de 2026 en Corrèze est disponible sur le site de la CCI de Corrèze.​

Juliette Jouve Soler
Juliette Jouve Soler
Correspondante Actus Limousin