Vanessa Mottet enfile son costume de « Saperlipopette » pour égayer le béton des stades, les vitrines des commerces ou les intérieurs des bureaux et des particuliers avec des fresques colorées. Portrait d’une artiste autodidacte devenue « pro ».
En cette douce et grise matinée, Vanessa Mottet s’affaire pinceau en main et colore la devanture du salon de coiffure Hair Styl, situé boulevard Louis Blanc. Chaque saison, l’artiste revient pour décorer les vitres du salon. En ce mois de septembre, feuilles d’automne et citrouilles habillent le commerce : « Les travaux de Vanessa nous permettent d’amener de la diversité et de surprendre le client. Et puis, Vanessa travaille très bien », confie d’emblée Christophe Malmanche, patron du salon qui fait fréquemment appel à Vanessa Motter pour embellir sa devanture.
Aérienne et colorée, cette ballerine automnale fera à coup sûr son "petit effet" © Saperlipopette
Malgré la précision bariolée dont fait preuve l’artiste ce matin-là, cette activité de décoratrice ne s’est pas présentée tout de suite. Agée de 39 ans, l’artiste autodidacte exerce ainsi depuis deux ans, mais avant de devenir « Saperlipopette », elle a connu bien d’autres vies. « Enfant, j’ai fait beaucoup de gymnastique. À tel point que je suis devenue professeure, pendant treize ans. Petite déjà, je dessinais, je coloriais les carnets et reproduisais ce que je voyais. À 15 ans, j’ai commencé la peinture, les couleurs ça m’égayait. », retrace Vanessa. Bac en main, au crépuscule de son adolescence, la jeune femme voyage et expérimente : « À ce moment-là, je ne m’oriente pas du tout vers l’art. Je pars travailler au ski, en saison. Au retour, je reviens à la gymnastique mais je passe quand même mon temps libre à dessiner. Dix années comme professeure ici et trois au Québec. C’est là-bas que j’ai commencé à prendre des cours », raconte-t-elle.
D’autodidacte à professionnelle
Vanessa se forme auprès d’un tatoueur, s’entraîne sur ses amis et réalise, sans prétention professionnelle, ses premières fresques. De 2016 à 2020, Elle profite de la « Belle Province » et de la gentillesse ambiante. « Je conseille à tout le monde, lance-t-elle alors que la peinture sèche. Au Québec, je continue à dessiner mais je me remets aussi à la peinture. Je commence également à partager mes créations sur les réseaux sociaux. À mon retour, je poursuis les réalisations de fresques, pour des amis », dépeint-elle.
La fresque peinte pour le complexe sportif Cheops à Limoges. © Saperlipopette
Alors qu’elle glisse vers le tatouage, un promoteur la contacte afin de commander une fresque. Même si celle-ci ne verra finalement jamais le jour, cette première appelle une suite. « À ce moment-là, je me rends compte que ça intéresse et je me renseigne pour créer mon entreprise. Je n’avais pas de diplôme en art et je n’avais pas envie d’aller en école, alors j’ai passé une formation en peintre en bâtiment. Huit mois plus tard, diplômée, je me lance », explique-t-elle. « Saperlipopette », comme elle se nomme désormais, attaque ses premiers chantiers. « Rapidement, j’ai le sentiment que tout s’aligne, que je suis à ma place », confie-t-elle. Elle étoffe son catalogue, propose de peindre à même les murs, sur les vitrines et confectionne des objets décoratifs en matériaux de récupération, polystyrène et carton.
Peindre à même les murs, même chez des particuliers... à leur demande ! © Saperlipopette
Aujourd’hui, Saperlipopette travaille sur commande, « environ une vingtaine par an, même si ça reste assez aléatoire ». L’artiste a notamment réalisé des fresques pour les communes de Rihac-Rancon ou de Panazaol, au stade René Legrand et au complexe sportif de Morpiénas. L’artiste a aussi été dépêchée dans des EPHAD pour égayer les murs avec sa palette colorée. En parallèle sur son site, elle propose ses confections : logos, objets de décoration, cubes nominatifs…
Une affaire de créativité et de précision
Vanessa Mottet, malgré l’expérience, se plaît à repousser les limites de son art : « réaliser une fresque demande beaucoup de préparation. J’aime me « torturer », savoir comment je vais occuper tels ou tels espaces, me demander quelle couleur utiliser. Souvent, je quadrille en amont et réalise de nombreux croquis pour définir le processus. Après, c’est de la peinture. En cas d’erreurs, et ça arrive, on efface et puis c’est reparti, explique-t-elle. Même si je ne peins pas à la bombe, j’aime beaucoup les graffitis, l’art de rue. Mon activité me permet d’habiller la rue. C’est une pratique beaucoup plus courante au Québec. Je crois que, dehors, on manque de couleurs », prolonge-t-elle.
Après 1/2 semaine de travail, la vitrine de "Hair Style" a repris des couleurs © Saperlipopette
L’artiste appose les dernières touches à son œuvre saisonnière. Sous les regards de clients ou de passants curieux, elle applique, avec minutie, les derniers coups de pinceaux. Voilà que le salon reprend des couleurs. « Au-delà d’égayer, ces fresques permettent aux commerçants de se distinguer », s’enchante Vanessa Mottet. Comme ces sourires hasardeux lancés d’un inconnu à un autre, ses œuvres candides et inspirées embellissent des journées. L’art jaillit, au beau milieu de la grisaille citadine, grâce au regard coloré d’une artiste de toujours qui a choisi de pleinement l’exprimer.
Pour en savoir plus, suivez Saperlipopette via sa page facebook ou sur le site saperlipopette.org.


Aérienne et colorée, cette ballerine automnale fera à coup sûr son "petit effet" © Saperlipopette
La fresque peinte pour le complexe sportif Cheops à Limoges. © Saperlipopette
Peindre à même les murs, même chez des particuliers... à leur demande ! © Saperlipopette
Après 1/2 semaine de travail, la vitrine de "Hair Style" a repris des couleurs © Saperlipopette