Après le Limousin, La laiterie Les Fayes veut conquérir la France du fromage blanc !

Depuis deux ans, la laiterie Les Fayes a quitté Isle pour une unité plus performante et vertueuse construite en Zone Nord de Limoges. Un virage historique pour répondre à de nouveaux défis aussi bien sur le plan commercial qu’environnemental.

Le succès de sa marque, la Laiterie Les Fayes le doit avant tout à celui de ses produits, maintes fois primés au Concours général agricole de Paris : 10 médailles depuis 2017, dont 6 en or, et une régularité récompensée d’un prix d’excellence en 2025. Elle le doit aussi, un peu, à sa stratégie de communication décalée qui, en prenant à contre-pied les petites faiblesses limousines, a renforcé l’attachement que lui portait la clientèle locale.

Exemple de communication de la Laiterie Les Fayes sur les réseaux sociaux

 

Incontournable du paysage haut-viennois depuis plus de 80 ans, la Laiterie Les Fayes fait partie du groupe Terra Lacta depuis 2012. Et voilà maintenant deux ans qu’elle est installée dans sa nouvelle usine à la Grande Pièce au Nord de Limoges. C’est ici que l’on produit désormais le fromage blanc, la crème fraîche et le lait des Limousins. Il y avait urgence. L’ancien site était devenu obsolète et affichait une rentabilité en berne. Autant dire qu’il aurait fallu la surveiller comme le lait sur le feu pour éviter la fermeture définitive. « L’année 2024 a été celle du doute, s’il n‘y avait pas eu cette construction, la laiterie se serait arrêtée. Grâce à la force du groupe, on a eu les moyens de reconstruire cette belle laiterie. » confie Denis Flagel, directeur d’exploitation et directeur industriel et supply chain du groupe.

La nouvelle usine de la laiterie Les Fayes à Limoges © Brice Milbergue

 

Avec ce nouvel outil de production, l’horizon semble s’éclaircir et c’est une nouvelle aventure pour cette marque très appréciée des consommateurs. « La performance a été améliorée, ce qui nous permet d’avoir une croissance à deux chiffres et il y a de la croissance à aller chercher d’ici deux à trois ans » indique-t-il. La construction de la laiterie et du méthaniseur, chiffrée au total à 14,5 M€, a permis de doubler la capacité de production.

Du lait toujours en circuit court

Le lait est collecté à 50 km autour de la laiterie auprès d’une cinquantaine de producteurs majoritairement basés en Haute-Vienne, soit un potentiel de 30 millions de litres annuels. La ressource suffit largement pour assurer la production actuelle. « On n’en utilise que 50 % aujourd’hui. Après avoir augmenté en 2025, le prix du lait a fortement baissé aujourd’hui à cause d’une surproduction mondiale. » Si le fromage blanc reste le produit phare de la marque, la quarantaine de salariés fabriquent également de la crème fraîche mais aussi du lait pasteurisé bien que cette fabrication baisse avec seulement mille tonnes annuelles. « A terme, je vais arrêter la production de lait pasteurisé pour prioriser le fromage blanc » annonce-t-il.

Aux côtés de deux grands « classiques » (fromage blanc à 7.2% MG et à 3.9% MG), six fromages blancs sur lit de confiture ont rejoint le rayon frais des grandes surfaces dont deux nouveautés cette année à base de figue et rhubarbe. Une gamme appelée à se développer dès 2027.

Nature ou sur lit de confiture, la gamme de fromages blancs de la laiterie Les Fayes s’étoffe de plus en plus © Brice Milbergue

 

« Notre fromage blanc est différenciant de par son goût et l’objectif est de le développer de plus en plus, signale Emilie Martin chargée de la communication, cette année on a revu le packaging de la gamme 0 % avec un pot de 750 g qui n’existait pas, il existe aussi en 4×125 g, en poche de 1 kg et en pot rose. On fait des tests, ça peut évoluer. Nos fromages blancs sont naturellement riches en protéines, les sportifs en mangent de plus en plus, c’est très tendance actuellement. »

Objectif le marché national

Le savoir-faire de l’entreprise a fait ses preuves depuis longtemps avec le goût de fraîcheur typique et reconnaissable des fromages blancs et crèmes fraîches qui a fait le succès de la marque. « On reste sur notre coeur de métier qui est le fromage blanc, poursuit-il, il n’est pas prévu de faire des yaourts. Avec un mix produits à base de fromage blanc, on réalise une meilleure marge dans cette usine avec un chiffre d’affaires en progression qui a atteint 15 millions et une production qui avoisinera cette année 6500 tonnes contre 6000 en 2025. On se rapproche de l’objectif. A l’horizon 2030, nous visons 25 millions d’euros. » Dans l’ancienne usine, la production plafonnait à 5 500 tonnes par an.

Pour cela, la direction planche sur une stratégie de développement qui permettrait de distribuer plus largement ses produits dans le but de capter de nouveaux clients. A présent, la marque est distribuée en Limousin, Charente, Charente-Maritime, Gironde et dans les Landes dans les enseignes Grand Frais, Intermarché et Système U. « Des négociations sont en cours avec d’autres groupements d’achats, souffle le directeur d’exploitation, on vise une stratégie de développement national en 2027 afin d’être présent dans toutes les grandes enseignes de la GMS. Les produits frais ont le vent en poupe en ce moment. Nos ventes de fromages blancs progressent alors que la consommation de lait baisse pourtant tous les ans. Nos produits ne sont pas transformés. C’est du lait auquel on enlève de l‘eau, on va concentrer la matière sèche et on va doser avec de la matière grasse pour faire du 20 % ou 30 % d’extraits secs. On ajoute juste des ferments lactiques, il n’y a aucun conservateur ni additif. Nos produits sont purs, nature et nobles avec une date limite de consommation qui varie de 25 à 40 jours.»

Après avoir conquis la « façade ouest » de l’Hexagone, la laiterie Les Fayes veut conquérir la France !
source : laiterielesfayes.com

 

Ces produits sont à retrouver à la boutique de la laiterie, ou à déguster au bar à fromage blanc après le travail, de même que ceux des autres entités de Terra Lacta.

Du biogaz et de l’électricité verte

Cette nouvelle usine est particulièrement vertueuse au vu de ses équipements comme ce méthaniseur, un investissement de 2,5 M€, installé par la société limougeaude Callisto. Il assure le traitement des eaux blanches et du lactosérum. « Ce choix est moins courant pour les laiteries de la région et c’est le premier méthaniseur du groupe Terra Lacta, signale Denis Flagel, les eaux et lactosérum sont d’abord épurés puis ils sont concentrés pour que ça fermente et produise du biogaz qui alimentera notre chaudière. Après réglages, tout sera opérationnel courant septembre. Cela évitera 1000 tonnes équivalent CO² annuelles par rapport à l’ancienne usine. » La production de biogaz couvrira 35 % à 40 % des besoins de l’usine.

« L’objectif sera de le dupliquer sur d’autres entités » signale-t-il. Quant à la consommation d’eau, elle a été quasiment réduite de 70 % en comparaison avec l’ancienne usine grâce à des process ultra modernes. « D’ici la fin de l’année, on sera aussi en capacité de recycler l’eau que l’on utilise pour le nettoyage de nos process. » La consommation est passée de 320m3/jour à 120 m3/jour avec, à terme, un objectif de 100 m3/jour. « On fait légèrement mieux que ce qui était prévu. »

6000 m² de panneaux solaires et un méthaniseur géant permettent à la laiterie Les Fayes d’auto-produire environ 35% de ses besoins en énergie © Brice Milbergue

 

Par ailleurs, quelque 6000 m² de panneaux photovoltaïques posés au sol, complétés par des ombrières, assurent 35 % des besoins en électricité. « On produit quand on en n’a pas forcément besoin, on est donc excédentaire. Avec Limoges Métropole, on a mis en place un projet d’auto-consommation collective pour revendre l’excédent à cinq entreprises situées à moins de 2 km notamment Porcelaines Raynaud, La Boîte à papiers, les restaurants Hippopotamus et Léon de Bruxelles. » D’autres gains seront possibles en 2028 grâce au stockage d’électricité lorsque le prix des batteries aura baissé.

Enfin, pour collecter le lait, la cinquantaine d’ensembles routiers va rouler 100 % au B 100 d’ici la fin de l’année contre 90 % actuellement. « Nous passons d’une énergie fossile à une énergie vertueuse » se réjouit-il. Ce biocarburant issu d’huiles végétales, de graisses animales ou de graisses de restaurant recyclées est renouvelable et respectueux de l’environnement.


Un peu d’histoire

L’histoire de cette laiterie a pris forme à Isle au lieu-dit Les Fayes (près du parking en face de l’ancienne usine). Un certain M. Thomas a démarré dans son garage en décembre 1942 avec le soutien de la Société générale des coopératives de consommation. Deux ans après, la construction d’une laiterie est actée. On y transforme 3,3 millions de litres. En 1945, elle devient la « Laiterie Coopérative des Fayes » puis sera reprise et s’associera à plusieurs coopératives pour devenir le GLAC (Groupement des Laiteries Coopératives Charente Poitou) en 1995 qui prendra le nom de Terra Lacta en 2012.

Les « vieux pots » de fromage blanc et de crème fraîche de la laiterie Les Fayes © Brice Milbergue

 

Première coopérative laitière de Nouvelle-Aquitaine, celle-ci affiche un chiffre d’affaires de 600 millions d’euros et compte 650 salariés. Elle s’étend sur 25 départements, produit 662 millions de litres de vache par an, 102 millions de litres de lait de chèvre mais aussi le pineau « Vignobles Lescure », le beurre « Echiré », les yaourts « Le Petit Vendéen » et les bûches de chèvre « Saint-Loup » et « Chavroux ».


Bien ancrée dans « son » Limousin, la laiterie Les Fayes ne s’empêche pas de rêver plus grand sans pour autant renier ni les valeurs de son territoire ni la qualité de ses produits.

Des visites guidées sont organisées (15 pers. maximum 5 €/pers.). Ce montant est transformé en bon d’achat de 5 €, utilisable après la visite dans la boutique Les Fayes, 147 avenue Raymond Poulidor à Limoges.

Inscriptions obligatoires sur le site laiterielesfayes.com

Corinne Mérigaud
Corinne Mérigaud
Journaliste Actus Limousin