Du Wagyu au pays des Limousines, l’idée originale de diversification de cet éleveur de Haute-Vienne

Depuis cinq ans, les premiers « Wagyu » sont élevés en Haute-Vienne à Saint-Pierre-le-Betoux sur l’exploitation du GAEC Thibaud. Un cheptel encore modeste commercialisé par la société « Arion@ » mais qui grandit au fil des années.

Installé depuis 2007 et associé avec son épouse Elise, Vincent Thibaud a repris le GAEC familial, une exploitation certifiée « Haute Valeur Environnementale » et qui compte deux salariés. A la tête d’un beau cheptel de 200 limousines inscrites au « Herd Book Limousin« , ces naisseurs-engraisseurs ont choisi de diversifier leur activité en misant sur une race peu présente en France mais très renommée par les amateurs de viande rouge : le Wagyu, plus connue au Japon sous le nom de boeuf de Kobé.

Très renommés auprès des amateurs de viande bovine, les « wagyus » sont originaires du Japon © Brice Milbergue

« Comme on ne les élève pas au Japon et que la viande de boeuf de Kobé y est protégée, on les appelle Wagyu » précise Vincent Thibaud. Un terme qui associe « Wa » signifiant Japon et « Gyu » qui veut dire bœuf. « Il n’y a pas d’exportation mais la génétique est arrivée jusqu’ici. Nous essayons de produire une viande de très haute qualité. Avant, on perdait de l’argent à faire des taurillons et avec une bande de copains, on a choisi d’élever des Wagyu. » explique-t-il.

Plus persillée que la Limousine

Les amateurs de bonne viande apprécieront son goût persillé qui surpasse celui de la Limousine. « C’est la viande la plus persillée au monde assure l’éleveur, il y a plus de gras intramusculaire, la viande est plus tendre, les gens disent que c’est comme du beurre. Au Japon, il y a encore plus de gras au point que la viande est presque blanche. »

Persillée à l’extrême, la viande de « wagyu » est considérée comme la meilleure viande bovine du monde © Tubtanadit – stock.adobe.com

Le cheptel compte désormais huit génisses et un taureau de 5 ans « Taurus » né par insémination d’un embryon de Mister Marble, « la référence mondiale en Wagyu. » La durée d’élevage est plus longue que pour la Limousine : trois ans, avec un an d’engraissement grâce à une alimentation élevée en énergie car riche en céréales. « L’acclimatation au Limousin a été très facile atteste-t-il, le Wagyu ne craint pas le froid, ni la chaleur même à 40 degrés. Il peut rester dehors mais on les rentre. Le vêlage est également facile, les veaux de 25 à 30 kg sont plus petits qu’un veau Limousin. En plus, on n’a pas de problématiques par rapport aux maladies. »

Les « wagyu » du GAEC Thibaud se sont parfaitement acclimatés au climat limousin © Brice Milbergue

Un Wagyu d’environ 500 à 550 kg donne entre 350 et 400 kg de viande. « On a commencé à faire des croisements avec des génisses limousines et le 1er bœuf croisé Wagyu, le Limgyu, devrait donner 490 kg de viande » espère-t-il.

Une bande d’amis qui a des idées

Le projet est né au moment du confinement, un moment où les consommateurs français ont redécouvert les circuits courts, faute de pouvoir se déplacer librement. La société familiale et amicale « Arion@ SAS » a vu le jour en 2021 et regroupe une dizaine d’amis de promotion issus de l’école d’ingénieurs en agronomie (promotion 2001-2006) de l’Institut Polytechnique UniLaSalle. « Avec notre bande d’amis depuis plus de 20 ans déjà, nous avons décidé de ne pas nous résigner à subir la morosité du contexte du moment et avons cherché un nouveau challenge sur un projet commun, aider l’élevage local français. » explique Vincent Thibaud.

Les porteurs du projet étaient soucieux de maintenir la rémunération des éleveurs et de produire une alimentation de qualité. Sur cette exploitation de 335 hectares entre Saint-Sornin-Leulac de Dompierre-les-églises, les animaux sont élevés à 95 % grâce à une alimentation produite sur la ferme. Les bovins pâturent en extérieur une grande partie de l’année se nourrissant d’espèces dactyles, ray-grass, fétuque et trèfle nain violet. L’hiver, ils sont en stabulations, nourris avec du foin récolté sur des prairies de luzerne et trèfle, riches en protéines.

Le projet d’élevage de wagyu permet à Vincent Thibaud de diversifier un peu son activité © Brice Milbergue

Lorsque les bœufs sont assez matures, ils sont alimentés avec des ensilages de méteil (mélange de céréales, pois, féverole récoltés en vert), du foin, des céréales concassées (blé et triticale) et complétés en protéines à base de colza et lin. En phase de finition, ils bénéficient d’un mélange de foin de luzerne broyé, de céréales aplaties (blé, maïs, triticale), de tourteaux de lin, minéraux, mélasse de betterave et levure de bière. Les 5% d’aliments non produits sur place proviennent d’un fournisseur situé à 30 km.

Livraison express et bouche à oreille

Avec un Wagyu commercialisé par an depuis 2021, les ambitions sont revues à la hausse. « L’objectif est d’en sortir trois par an, annonce Vincent Thibaud, cela reste un marché de niche. La viande est vendue en caissettes à 50 ou 60 € le kilo mais elle coûte cher à produire car il faut deux fois de plus qu’une limousine ». La viande est exclusivement commercialisée sur le site monwagyu.fr.

Arion@ se charge de l’enlèvement des animaux à la ferme, de l’abattage, la maturation, la découpe, la mise sous vide, la préparation des colis et des livraisons à domicile sous 24h, en partenariat avec TVR49 et Chronofresh. Le bouche à oreille commence à bien fonctionner au point que la prochaine bête, qui sera abattue en octobre, a déjà été pré-vendue à 90 %. « Nos clients sont fidèles, ils nous disent que notre viande n’est pas chère » constate-t-il.« On a de plus en plus de demandes de restaurateurs spécialisés dans la viande »

En France, il n’existe pas encore de filière organisée mais une vingtaine d’éleveurs produiraient du Wagyu en France. L’éleveur haut-viennois vient de vendre une génisse à un éleveur de la Corrèze pour faire des croisements et en Creuse, un éleveur possède quatre génisses. « Maintenant, on attend les retours de nos clients pour notre premier croisement et verra si on continue dans cette voie » remarque-t-il.  La race la plus appréciée au monde a trouvé un terrain propice en Limousin pour une production 100 % en circuit-court et pré-vendue en ligne.

Infos pratiques

Plus d’infos sur monwagyu.fr

06 99 75 50 71 – contact@monwagyu.fr

Corinne Mérigaud
Corinne Mérigaud
Journaliste Actus Limousin

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