Depuis cinq ans, Emmanuel Andrieux se consacre à la sculpture. Il détourne des objets métalliques en fin de vie pour créer des pièces originales voire décalées. Nous avons poussé la porte de son atelier pour découvrir son univers.
Une sorte de caverne d’Alibaba. C’est un peu l’impression que l’on a en pénétrant dans l’atelier de Emmanuel Andrieux aménagé au sous-sol de sa maison à Limoges. Les étagères débordent d’objets métalliques en tous genres : outils agricoles, bonbonnes de gaz, compteurs d’engins, chaînes de moto, pulvérisateurs Fly-Tox, chauffe-eau, boules de pétanque, clés, perceuses… Des objets récupérés ça et là qui lui servent de matière première pour fabriquer des sculptures en métal plus ou moins imposantes.

Sur l’établi, un drôle de singe nous fixe avec ses bras levés comme s’il était prêt à agripper une branche. A côté, un hippocampe géant semble tout droit sorti d’un roman de Jules Verne. Au sol, un robot en cours de construction paraît nous interpeller. Il lui manque les jambes. La ressemblance avec « E.T. » est frappante. Sur une grande table, c’est une grosse grenouille verte qui attire notre regard, on dirait qu’elle s’apprête à sauter dans une mare. Près d’elle, de grands papillons blancs se sont posés sur un robot, presque surpris par la scène. « Je reviens d’une exposition et dans le camion, une aile s’est cassée explique Emmanuel Andrieux, il faut que je la soude. » Il s’équipe d’un casque de soudage, démarre le poste à souder et en un rien de temps, le papillon a retrouvé son aile.

Des chiens en… extincteurs
Le sculpteur se consacre à plein temps à son art depuis cinq ans après avoir travaillé vingt-cinq ans en tant qu’imprimeur en sérigraphie. « J’avais fait le tour du sujet et comme je peignais et je dessinais, j’avais envie de relief. De passer derrière le modèle. J’ai commencé à coller des trucs sur la toile puis j’ai fait du modelage en terre. Après, j’ai essayé de travailler le bois mais ça fendait puis la pierre mais on n’a pas le droit à l’erreur. Au moins, le métal, c’est solide et quand ça ne va pas, je peux toujours recommencer. » Ces créations sont fabriquées uniquement à partir d’objets en métal recyclés. Une matière première abondante qu’il entasse dans son atelier et une remise. « J’ai un stock de plusieurs tonnes, de la vis jusqu’à de grosses pièces. Et parfois, on fait des échanges entre collègues. »

L’imagination de l’artiste est sans limites. Il a réalisé de nombreux animaux comme une série de chiens… à partir d’extincteurs. Ce sont tous des pièces uniques. « Je travaille beaucoup avec les extincteurs car le métal est épais » lance-t-il. Son chien a été retenu pour servir de logo au festival Métal’Art qui se déroule à Condom dans le Gers. Depuis, il a engrangé des commandes et fabriqué trente-sept exemplaires, tous différents. « J’utilise l’extincteur pour faire le corps et je trouve à chaque fois une posture différente et décalée comme celui qui joue de la guitare, celui qui lève la patte pour pisser, celui déguisé en mousquetaire car c’est le pays des mousquetaires. J’aime bien quand l’attitude prête à sourire. Je suis incapable de faire deux fois la même chose car je n’ai jamais les mêmes pièces en stock. » Il sera d’ailleurs le parrain de la prochaine édition de ce festival programmée en novembre.

Un cerf très réaliste de 250 kilos
Son œuvre la plus monumentale est un cerf grandeur nature qui pèse pas loin de 250 kilos. Il lui a fallu 1500 heures de travail pour en venir à bout. Le cervidé nous toise du haut de ses 2,50 m et 2,40 de longueur. Il a été réalisé en assemblant 90 bouteilles de gaz ! Le plus troublant est le réalisme qu’il dégage, renforcé par sa couleur rouille naturelle. Exposé dans le parc du restaurant La Chapelle Saint-Martin à Nieul, il devrait taper dans l’oeil d’un acheteur.

© DR – Emmanuel Andrieux
« Les gens croient que c’est un animal empaillé tellement il est réaliste. J’ai pris du temps pour faire des pièces très réalistes et c’est ce qui était le plus difficile au niveau technique. Pour cela, j’ai utilisé des chutes de bouteilles de gaz découpées au plasma par un collègue pour réaliser tous les arrondis et les muscles et j’ai ajouté des tubes en acier. Ce fut un engagement physique et moral qui a duré deux ans. » Pour les naseaux, il les a d’abord modelés en terre pour être sûr d’avoir le bon geste.
Oiseaux, pieuvre, insectes et bientôt un paon
Emmanuel Andrieux part d’un objet et imagine une œuvre comme cet oiseau : « Son corps est composé d’un ancien aspirateur Tornado. C’est pareil pour le singe rieur, je suis parti des roulements de portes, ils m’ont fait penser à de gros yeux. Sa tête est faite avec des pièces agricoles. Ses mains sont d’anciennes barrières de sécurité, ses bras et ses pattes, des fourches de bêches, et le corps est fait avec des pelles et un pot d’échappement. » Il lui a donné vie en moins de 48 h lors d’un festival dans la Vienne. L’objectif était de réaliser une œuvre en piochant dans une benne remplie de pièces en métal.

Chaque année, il participe à une dizaine d’évènements de ce genre comme à Caën, Lamballe et Brassac-les-Mines où il a remporté le prix du public et celui du jury pour son petit robot en jupette. Il aime aussi fabriquer des oiseaux, il en a fait des dizaines, des insectes comme la mouche, le scarabée ou la coccinelle, en général de grande taille. « Ils ont toujours une posture différente de ce qu’on voit d’habitude comme la pieuvre, vendue dès que je l’ai sortie du camion. Sa tête est faite avec un attache-remorque et les tentacules sont en fer forgé torsadé et en tiges de métal que j’ai retravaillées. »
Les robots font également partie de ces thèmes de prédilection, inspirés par sa culture BD, à l’image de son « Iron Butterfly », le robot entouré de papillons qui avait perdu une aile. « Je suis parti d’un détendeur de gaz pour faire la tête, j’ai ajouté un cylindre de débroussailleuse, un coupe-boulons, une chaîne de moto, des manches d’outils et des lames d’une motobineuse. » Le résultat est vraiment bluffant ! Avec un stock de clés qu’on lui a données, il a modelé un crâne. Si toutes ces créations sont originales, une constante apparaît, rien n’est symétrique et droit : il n’aime pas ça.

Pour son prochain projet, il a prévu de donner vie à un paon. Une fois de plus, il va chercher l’originalité en écartant l’image du paon avec sa traîne déployée. « Je ne la ferai pas en éventail mais au moment où elle commence à se relever avec un effet vitrail en rajoutant des résines colorées. » Un chantier évalué à 1 500 heures pour un résultat qui devrait à nouveau surprendre.
Vous pouvez suivre Emmanuel Andrieux via sa page Facebook @emmanuel.andrieux.sculpteur
Et pour voir l’artiste en « live », il sera présent au 6ème Festival Art’récup au Mas Martin à Veyrac (87), les 22 et 23 août, auprès de 40 artistes venus de toute la France qui réaliseront des œuvres à partir de matériaux de récupération. Les œuvres seront vendues à la fin du festival.


