Scénariste, metteuse en scène et cheffe de file de la « Troupe du Parpaing », Olenka Chaudruc instille son goût pour l’improvisation aux amateurs limougeauds. Retour sur le parcours qui l’a mené de ses Alpes natales aux terres limousines…
Dans la discrète salle Jeanne Nicot, dans le quartier des Coutures de Limoges, le cours d’improvisation bat son plein. Comme tous les lundis soirs, Olenka Chaudruc distille ses conseils, anime ses exercices et lance le caractéristique « 3-2-1, impro ! ». Certains s’y jettent à corps perdu tandis que d’autres bravent leur timidité. Qu’importe, la Troupe du Parpaing accueille qui le souhaite. Fondée en 2025, l’association propose des ateliers de théâtre et d’improvisation. Derrière ce nom à prendre un coup sur la tête : Olenka Chaudruc, « théâtreuse », comédienne et metteuse en scène arrivée à Limoges en 2023.

La comédienne est diserte, éloquente, volubile, comme si le temps s’écoulait trop vite pour tout dire. C’est ainsi qu’Olenka se plaît, peut-être même ainsi qu’Olenka est née : « Enfant déjà, j’aimais m’exprimer. Je n’avais aucun problème de timidité. J’aimais la scène, le devant de la scène. J’aimais les histoires, en lire et qu’on m’en raconte. » Naturellement, ses parents la poussent vers le théâtre. Dès l’âge de six ans, elle monte sur les parquets de la MJC du coin, se rend au club de théâtre et présente les spectacles de fin d’année. Le goût du théâtre est là, celui pour l’improvisation point déjà : « J’avais un papa qui me racontait plein d’histoires. Histoires dans lesquelles je pouvais choisir les personnages : une fée belge ou une sorcière polonaise, se remémore-t-elle, sourire candide aux lèvres. Donc je pense que ma passion de l’improvisation commence à ce moment-là ». La comédienne décrit ces histoires comme un refuge, une opposition à un réel « injuste ». Dans les livres, « le méchant se fait toujours punir à la fin. Ça me permettait de rétablir quelque chose. »

Au lycée d’Annecy, Olenka déborde vers le cinéma : « j’aime cette idée de raconter avec une image, sans mots ». Par la même occasion, elle s’émancipe et habite un appartement. Son premier. La liberté frappe à la porte et Olenka s’empresse de la convier. « J’avais 18-20 ans, je voulais mener la révolution avec l’art comme arme. Même si j’en pratique ponctuellement, le théâtre s’éloigne un peu. J’explore la musique, le cinéma, la fête aussi », blague-t-elle. Une vingtaine « un peu punk » qui voit tout de même ses intentions se préciser : « Je me rends compte que je ne veux pas faire du cinéma ou du théâtre pour riches. Dans le sens ou je ne veux pas m’inscrire dans la gentrification du milieu culturel ». Puis s’enchaîne une année de sociologie, une en école de maquillage artistique, sans qu’elle s’y trouve vraiment : « C’était très cool mais très peu pour moi, le monde des normes et de la beauté, je passe », confie la comédienne.
Genève, terre d’impro
En 2014, Olenka rallie Genève, et c’est là-bas que ressuscitera son goût pour l’improvisation. En parallèle des « petits jobs », Olenka retrouve les parquets et s’impose dans diverses troupes d’improvisation : « Je renoue avec quelque chose que j’avais perdu. J’ai un vrai regret de l’enfance et l’impro me réconcilie avec cette jeunesse. En impro, tu ne peux pas te planter de texte. C’est un vrai lâcher-prise, étaye l’artiste. À Genève, ça foisonne d’impro. Il y avait des spectacles en terrasses, la Fédération d’Impro Genevoise (FIG), la troupe des Troubadours du Chaos. Laure Piguet, l’une de mes professeures, me pousse. À ce moment-là, je comprends que c’est ce que je veux faire », se remémore-t-elle.
De fil en aiguille, Olenka répand son nom et ses talents. En 2019, elle rejoint la troupe des Little Juice, composée d’une douzaine d’improvisateurs et improvisatrices. Ensemble, ils affichent des salles combles. « C’était dingue. Je me rappelle d’un soir où l’on devait jouer qu’une seule fois. Les gens faisaient la queue devant. À tel point qu’on a dédoublé les représentations ». Pour la comédienne, c’est un petit âge d’or. Mais un âge d’or sans les lingots. « Même si on tourne beaucoup, on n’en vit pas. On a pris un cachet une fois, il me semble, c’était 200 francs. Alors, je décide de m’en aller : je sentais que j’étais pas faite pour cette ville. Je voulais trouver d’autres modes de vie. J’en pouvais plus de l’argent, du boulot de réceptionniste au salon de tatouage, des élites et des normes ». Ainsi, la comédienne s’en va à bord d’un van. Elle arpente les routes de l’Hexagone, s’ennuie dans la forêt, découvre et rencontre.

Son périple l’emmène jusqu’ici, en Limousin. Par hasard, elle fait escale à la ferme des Ribières située à Saint-Genest-sur-Roselle. Elle y trouve là une nouvelle famille et renoue avec l’essentiel : « Jouer les palefrenières me ressource. Je réalise que je ne pouvais pas mettre l’art de coté ». Quelques mois plus tard, Olenka débarque à Limoges et lance la Troupe du Parpaing : « Je rencontre Charly Erhart par hasard, il deviendra mon ami et mon secrétaire d’asso. Et puis là, tout vient assez naturellement. J’avais l’idée de créer un groupe de ménestrels, de proposer des spectacles originaux, de me rapprocher des gens qu’on n’entend pas et de diffuser le théâtre et l’improvisation là ou on ne les attend pas ».
Les deux comparses budgétisent, communiquent et inventent, avec une détermination à la hauteur de leurs convictions. « Je ne trouve pas ça normal qu’aujourd’hui on puisse pas vivre, ou difficilement, de ces métiers là. Donc je m’y lance. Je m’y lance à fond. On crée les ateliers d’improvisation, j’en parle autour de moi et le bouche-à-oreille fait son œuvre ». Pour les lingots, il faudra encore attendre mais Olenka semble avoir trouvé une scène à elle, ici, à Limoges. Celle sur laquelle elle mène sa vie à l’improviste et qui la pousse, aujourd’hui, à transmettre cet art sans lettres.
Informations pratiques
Pour cette nouvelle année 2026-2027, la Troupe du Parpaing propose d’avantage de créneaux (*) :
- Les lundis soirs de 18h30 à 20h (impro ados) et de 20h à 22h (impro avancé adultes).
- Les mardis soirs de 18h30 à 20h (théâtre débutant adultes) et de 20h à 22h (théâtre amateur adultes).
- Les mercredis après-midi de 14h à 15h30 (théâtre enfant, 6-12 ans) et de 16h à 17h30 théâtre amateur ados).
Des stages sont également prévus pour les vacances scolaires.
- Tarifs pour un atelier : solidaire (75 € par trimestre), normal (90 € par trimestre), soutien (100 € par trimestre).
- Tarifs pour deux ateliers : solidaire (130 € par trimestre ), normal (150 € par trimestre), soutien (180 € par trimestre).
- Adhésion annuelle : 15 €
- Cours à l’unité : 10 €
(*) informations susceptibles de changer
Contact et renseignements : via Instagram ou par mail à latroupeduparpaing@gmail.com


