A Limoges : sur les 23 « playgrounds » de la ville, les amateurs cultivent une terre de basket

Avec une vingtaine de terrains de basket en accès libre, Limoges se classe au 5ème rang national. Ici le basket n’est pas un sport comme les autres, et les « playgrounds » de la ville sont toujours fréquentés génération après génération.

Le basket à Limoges est une véritable religion, avec ses icônes, ses récits mythologiques et, en guise de cathédrale, le Palais des Sports de Beaublanc où s’expriment l’espoir et la ferveur les soirs de match. Loin de la lumière et du bruit, ils sont toutefois nombreux ceux qui préfèrent fréquenter les nombreuses petites « chapelles » disséminées aux quatre coins de la ville. Ces « playgrounds » comme on les appelle dans le jargon du basket 3X3, Limoges en compterait 23, chiffre mythique1 pour bien des adeptes de basket-ball… quand on vous dit qu’ici le basket c’est sacré !

A Limoges, le basket c’est sacré, et la balle orange a toujours la cote sur les playgrounds limougeauds © Gorka Martos

Un terrain, une ambiance

Parmi les nombreux playgrounds de Limoges, certains sont bien sûr incontournables :

  • celui de Beaublanc et ses quatre panneaux qui tend à rassembler les meilleurs joueurs du coin.
  • celui des Casseaux, à l’ombre de la piscine du même nom.
  • Ou le terrain des Émailleurs, à quelques pas du lycée Turgot, et son unique et convoité panneau.

Ici, les néophytes se mêlent aux expérimentés. Par chance Luis, 27 ans s’exerce à 3 points sur un terrain étonnamment désert. D’ordinaire, jeunes et plus anciens observent avec attention chaque mouvement déposé sur le terrain. À la moindre faute, le débat est ouvert. Au moindre panier, les réactions se font entendre. Mais ce jour-là pourtant, Luis profite d’un calme propice à la concentration : « Je suis arrivé à Limoges il y a un an. Puis, je suis tombé sur des compilations de basket. Ça m’a donné envie de m’y mettre. J’aime ce jeu autour des appuis : ça me rappelle le karaté, que je pratique. Le basket, c’est un peu comme pratiquer un combat, estime-t-il. Je n’ai jamais joué en club et j’évite de me frotter à trop fort pour l’instant, mais je trouve qu’ici, aux Émailleurs, les joueurs n’hésitent pas à donner des conseils ou à vous proposer un match. C’est assez ouvert d’esprit. », poursuit-il balle en main.

Luis, 27 ans, s’adonne à la pratique du basket une fois par semaine. Seul ou en groupe. © Gorka Martos

 

Pour Jonathan, père de famille et fervent adepte venu prendre quelques tirs avec son fils : « Jouer dans la rue implique plus de liberté ». Entre deux actions, le papa défend avec énergie les tentatives de Damien, son fils, qui s’est récemment épris de la balle orange : « J’ai suivi les pas de mon père. Moi je suis plus rugby moi à la base, mais c’est toujours plaisant de venir jouer de temps en temps ». Jonathan renchérit : « On a installé le jeu NBA 2K2 et il a commencé à s’y intéresser. C’est toujours comme ça », sourit-il. Dans la quiétude et la complicité, les tirs s’enchaînent, les encouragements suivent. « Bien joué ça ! », « va au bout de ton action », entend-on résonner sur le terrain.

Père et fils partagent un moment complice sur l’un des terrains du parc des sports de Beaublanc © Gorka Martos

L’aura du CSP

Si d’aventure, la pratique sportive ou les promenades au vert vous ont déjà amenés à Beaublanc, alors, vous n’étiez qu’à quelques pas d’un parquet mythique : celui du Limoges CSP. Club légendaire fondé en 1929 qui connut son apogée en 1993, remportant l’Euroleague à Athènes face au Benetton Trévise. Pour Jonathan, cette victoire infuse le basket et sa pratique dans les mœurs limougeauds : « Je comprends que mes fils soient moins attachés à ce sport. Le triomphe du CSP, c’est ma génération. Ça nous a tous rendus dingues, se remémore-t-il. Forcément, on a tous déjà pratiqué. Mais même pour les générations qui n’ont pas connu les heures dorées, la présence d’une telle institution influence forcément ».

Propos sous-tendus par Caroline et Edwin qui s’affrontent quelques mètres plus loin. Respectivement âgés de 18 et 20 ans, les deux amis confirment : « Le CSP et son histoire incitent à la pratique du basket-ball. Je ne sais pas si ailleurs ça joue autant qu’à Limoges », interroge Edwin. Et même s’ils ne jouent pas aussi sérieusement que certains, « venir au playground, c’est toujours l’occasion de passer un bon moment », poursuit-il. « Ou de rencontrer des gens », renchérit Caroline.

La 5ème ville de France… au nombre de terrains de basket !

Selon le recensement national des équipements sportifs agrégés par la plateforme MyPlayground, Limoges se situerait au 5ème rang national en nombre de terrains de basket derrière Paris, Reims, Marseille et Lyon. On y trouve 1,8 terrain pour 10.000 habitants contre 0.80 pour Tours, 0.54 pour Clermont ou 0.35 pour Marseille. Seul Reims, avec ses 4 terrains pour 10.000 habitants, offre une densité d’équipements supérieure…

Pour trouver un terrain de basket en accès libre à Limoges, rendez-vous sur le site web de la Ville.

 La balle orange au service de la bonne cause

C’est justement sur ce point, sur l’esprit fédérateur du basket, que l’association des « Enfants de Lumière » a misé. Pendant l’été, ses membres ont eu la bonne idée de mêler l’utile à l’agréable en organisant un tournoi 3×3 sur les terrains de Renoir : 6 équipes, de la musique et une buvette dont les fonds sont reversés à l’association dans le but de soutenir les enfants défavorisés en Guinée-Conakry et à Madagascar : « J’avais envie de nouer quelque chose avec mes racines. Je crois que s’engager dans des actions concrètes permet de nourrir ce lien, raconte Cyrielle Richamp, présidente de l’association. En plus d’aider, ça permet aux jeunes Limougeauds de se rencontrer. Ça crée de la vie et on ne s’attendait pas à en voir autant aujourd’hui ».

Cyrielle Richamp et M’mahawa Diaby, fondatrices de l’association © Gorka Martos

 

Un sentiment agréable que partage Antoine, membre de l’association : « L’objectif ici, c’est de faire parler des activités de l’association. Le basket est un sport qui rassemble, en plus d’être assez accessible en terme d’équipement », explique le jeune homme. Nouvelles preuves des caractères fédérateur et populaire que revêt le streetball dans les rues de Limoges.

Le tournoi organisé par les Enfants de la Lumière a rassemblé des joueurs de tous niveaux. © Gorka Martos

 

Vous l’aurez compris, équipe pro ou amateurs de streetball, le basket à Limoges, c’est culturel. C’est l’histoire d’un club, d’abord, puis d’une génération qui l’a vu s’élever au firmament avant d’en transmettre le récit et la passion. Si l’âge d’or sportif semble, pour l’heure, un lointain souvenir, cette gloire vit toujours, tant dans les cœurs que sur les nombreux playgrounds bitumés de la cité porcelainière.


1 – le numéro 23 est associé à Mickaël Jordan, légende des Chicago Bulls et considéré par beaucoup comme « le meilleur basketteur de tous les temps ». Même s’il a pris sa retraite en 2003, de nombreux amateurs de basket arborent encore des tuniques floquées du #23…

2 – Jeu vidéo de basket-ball

Gorka Martos
Gorka Martos
Journaliste Actus Limousin

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