Le site occupé aujourd’hui par l’Hôtel du Département a connu plusieurs vies avec des usages différents selon les époques, couvent d’abord, puis école, prison, tribunal, pépinière et enfin caserne. Voici sa longue histoire.
Lorsque l’on pénètre dans les locaux du Conseil départemental, on identifie très vite que ce lieu est chargé d’histoire. Et pour cause ! Il a connu bien des résidents. Ce site a d’abord abrité la confrérie religieuse des Visitandines, celles par qui tout a commencé. L’histoire débute en 1643 grâce à Françoise-Gabrielle de Douhet, une religieuse de cet ordre venue de La Châtre pour s’installer à Limoges avec six sœurs. Ces religieuses appartenaient à l’Ordre de la Visitation Sainte-Marie d’Annecy, fondé le 6 juin 1610 par François de Sales et la baronne Jeanne de Chantal. « L’esprit de charité se développait à cette époque mais ces moniales oblates cloîtrées dans la prière ne visitaient pas encore les malades souligne Michel Sarter, directeur des Archives départementales de la Haute-Vienne, et ce mouvement de visitation va se mettre en place. »
Ces religieuses vont s’établir sur un terrain non occupé du Faubourg Montmailler et ouvrir un institut visitandin (actuelle rue François Chénieux). Aujourd’hui, des traces de murs restent visibles à l’arrière de la Chapelle de la Visitation. « L’ordre accueille toutes les femmes sans distinction de fortune et d’âge alors qu’il fallait payer une forte dote pour prendre l’habit remarque-t-il, c’était exceptionnel à cette période. Des jeunes filles plus connues sont aussi accueillies comme l’une des filles de Louis XIV. »

Source : plan de Limoges par Albert Jouvin de Rochefort sur galica.bnf.fr
Entre 1650 et 1665, les sœurs vont acquérir des terrains limitrophes pour construire de nouveaux bâtiments et édifier, au centre, une chapelle et un corps-de-logis. Pour comparer avec le site actuel, l’emprise foncière correspond à celle d’aujourd’hui plus une partie de celle du Rectorat. D’importants travaux vont être menés entre 1668 et 1680 pour bâtir un second corps de logis et un cloître de grande dimension tandis que les premières constructions sont améliorées. En 1698, cinquante-trois religieuses occupent les lieux. L’ordre va ainsi prospérer durant plus d’un siècle. « Il y avait quelques dizaines de religieuses qui priaient et recevaient des jeunes filles de la bonne société dans un but éducatif indique-t-il, elles avaient très peu de liens avec l’extérieur, vivant de leurs propriétés.»
Entre grandeur et décadence
En 1775, l’ensemble religieux va faire l’objet d’un important remaniement mené par l’architecte limougeaud Joseph Brousseau. Une partie des anciens bâtiments est conservée, l’oratoire est détruit et une nouvelle chapelle est édifiée en partie sur les vestiges de l’ancienne, tout en faisant partie du corps de logis, ce qui n’était pas le cas de la première. On y accède par un escalier à double révolution, inchangé depuis sa construction. Les paliers intermédiaires sont toujours en place. A l’origine, ils desservaient les deux entrées du couvent.

© Photothèque Paul Colmar
Leur développement sera stoppé par la Révolution Française qui nationalise les biens de l’Église et supprime les ordres religieux (décret du 13 février 1790). Les moniales sont expulsées en 1791. La chapelle devient le Tribunal révolutionnaire et le couvent, une prison en 1796 où sont enfermés les prêtres contestataires et les citoyens opposants ou suspects. La seconde vie de cet ensemble immobilier peut alors commencer. A partir de 1796, une partie des lieux est réaffectée en caserne et occupée, quelques temps, par un régiment permanent.
Une pépinière pour la marine, un tribunal et une maison d’arrêt
Par décret impérial du 26 floréal An XIII, soit le 16 mai 1805, le jardin d’un hectare est mis à disposition du Préfet pour y établir une pépinière départementale. Vers 1810, elle occupe un vaste espace correspondant au parking actuel, aux bâtiments sur la droite et une partie du terrain occupé par l’actuel Rectorat. « Cette pépinière départementale avait été installée dans le but de cultiver des graines avec, pour objectif, d’avoir des arbres et donc du bois pour les bateaux de la marine » précise-t-il.
Le Préfet concède le bâtiment pour 24 000 F à la Ville de Limoges, par décret du 27 juillet 1808. Le site change d’affectation. Le rez-de-chaussée du couvent devient le Tribunal de Première Instance (voir plan). Les juges déménageront dans les années 1850 suite à la construction de l’actuel Tribunal Place d’Aine. On y trouvait la chambre des avoués, celle des témoins, les cabinets du président, du procureur du roi et du substitut, la salle d’audience, la salle du conseil et celle des pas-perdus, le greffe, une bibliothèque communale, une cuisine et le logement du concierge.

Une partie du couvent est transformée en maison d’arrêt qui accueille des détenus, hommes et femmes. Les premiers disposaient d’une cour et d’un préau pour la promenade et les femmes, d’un préau et d’un dortoir. « Elle va perdurer jusqu’en 1860, époque où l’actuelle maison d’arrêt a été construite » précise-t-il.
Une école mutuelle gratuite va également ouvrir en 1820, à l’arrière gauche de la chapelle. Elle jouxtait le logement du directeur qui était agrémenté d’un jardin sur l’arrière. « Elle était ouverte à tous et comptait 200 élèves, ceux qui étaient particulièrement doués dans une matière enseignaient aux autres » signale le directeur.
Une caserne d’infanterie et une école de médecine
Dans la seconde moitié du XIXème siècle, les occupants partent et la Visitation se vide. La troisième vie du couvent peut commencer. Il est transformé en caserne avec l’installation, en 1851, d’un important dépôt d’infanterie, transféré de Tulle. Il comprend des ateliers pour les cordonniers, les tailleurs et les armuriers, soit 80 personnels. Les armes, l’habillement et les effets militaires sont entreposés dans la chapelle. En 1852, une école de médecine est construite sur la partie droite de la pépinière transformée en parc public, bâtiment toujours visible. Une partie du terrain sera vendue pour construire le Rectorat en 1985.
Un projet d’extension et de réaménagement est acté en 1855 par le Ministre de la guerre qui souhaite y implanter deux bataillons du 78ème Régiment d’Infanterie. Les travaux sont réalisés entre 1857 et 1861 par Régnault, l’architecte de la Ville de Limoges, la Ville ayant l’usufruit des lieux depuis 1842. « On retrouve des traces de ces travaux dans les lettres conservées aux Archives Départementales, des murs sont percés, les cellules détruites. Lorsque les militaires arrivent, ils vont trouver les lieux en mauvais état, les murs menaçaient ruines, il n’y avait pas eu de travaux depuis la Révolution. On va réaliser des travaux de peinture, d’enduits, de décoration, poser la ventilation et des aérations. » Ce nouveau bâtiment, édifié dans le prolongement du couvent, donne à l’ensemble immobilier sa physionomie actuelle. Vers 1870, la place d’armes est aménagée en lieu et place de l’ancienne pépinière. « Cette nouvelle caserne accueillait aussi les conscrits du service militaire » signale-t-il.


Occupations militaires du site de la Visitation
De 1875 à 1914 : 78ème régiment d’Infanterie
De 1914 à 1966 : divers services, bureau de la garnison, Etat-Major 12ème Région, pension, direction des services vétérinaires, direction de la santé, recrutement, direction du génie, chefferie du génie, 12ème Section de Commis et Ouvriers d’Administration, maison des officiers.
En 1879, la Ville cède l’usufruit de la caserne mais conserve la nue propriété. En 1882, l’entrée principale est fermée par une grille de 140 m. En 1931, le Ministère de la guerre récupère la propriété du site.
Les agents du Département s’installent
Après le départ des militaires, c’est le conseil général de la Haute-Vienne qui va acquérir le site en 2006 afin de regrouper ses services répartis sur différents sites. Les travaux démarreront en 2008 pour aménager l’ancienne caserne en Hôtel du Département ouvert depuis 2011. Quant à la chapelle, elle sera restaurée en 2015 et transformée en espace culturel polyvalent de 110 places assises. Les militaires l’avaient utilisée comme salle de spectacles et cinéma. L’ensemble du projet associant préservation du patrimoine et modernisation des services a permis aux citoyens de réinvestir un lieu qui depuis très longtemps était fermé.

© Département de la Haute-Vienne
La restauration du bâtiment principal a permis de conserver des éléments remarquables à l’image du cloître flanqué de trente-deux arcades plein-cintre datant du XVIIe siècle, de la chapelle circulaire du XVIIIe et de la porte, inscrits à l’Inventaire supplémentaire des Monuments Historiques en 1949. L’identité des fondatrices du lieu se matérialise encore sur la porte encadrée de pilastres doriques et surmontée d’un fronton triangulaire.
Sources : Wikipédia, Détours en Limousin, hautevienneenscenes.fr, « Historique des bâtiments militaires en Limousin – Direction du génie de Limoges » et « Limoges et le Limousin – Guide de l’ étranger » paru en 1865.


