L’un des plus grands trésors archéologiques gaulois en France a été découvert à quelques kilomètres de Tulle, à Tintignac près de Naves. Entre sanctuaire antique, dépôt rituel et objets uniques, plongée fascinante dans un patrimoine longtemps oublié.
Sous la tente qui protège les vestiges du fanum (temple) de Tintignac, la forte chaleur estivale n’a pas découragé les visiteurs. Le site, à Naves, dans le sud de la Corrèze, ne se visite presque jamais au hasard. En dehors journées portes ouvertes, il est à découvrir uniquement sur réservation pour des groupes. Ce jour-là, celui qui suit Fabien, le guide de l’Office de tourisme des Contrées Vertes à Tulle, est composé de six motardes de Haute-Vienne, venues découvrir le patrimoine gallo-romain de la région et comprendre pourquoi ce site, à quelques kilomètres de Tulle et tout près de l’autoroute A89, est considéré comme une référence internationale pour l’étude du monde gaulois…
Un site majeur, resté discret dans le paysage
L’histoire du lieu commence avec les Lémovices, le peuple gaulois qui a donné son nom au Limousin et à Limoges, installés ici, sur ces terres, dès le IIe siècle avant notre ère. Un premier sanctuaire en bois est construit sur ce point stratégique. Après la conquête de la Gaule par César, un temple gallo-romain est bâti par-dessus, puis le site s’agrandit pendant pas moins de six siècles : thermes, théâtre de 3 000 places, ouvrage en hémicycle dédié à plusieurs divinités… Le temple lui-même connaît plusieurs états de construction, jusqu’à réunir deux sanctuaires distincts en un seul édifice à deux cellae (parties closes).

Le lieu tombe ensuite dans l’oubli après le IVe siècle, quand les évangélisateurs chrétiens font disparaître ces vestiges de cultes païens. C’est au XVIIe siècle qu’un historien tulliste, Étienne Baluze (qui a d’ailleurs donné son nom au célèbre quai en bord de Corrèze dans la préfecture, ndlr), bibliothécaire de Colbert, fait référence aux « arènes de Tintignac ». Puis à la suite de la visite de Prosper Mérimée, alors Inspecteur des Monuments historiques, le site archéologique est classé au titre des Monuments Historiques en 1840.
Des fouilles sont alors organisées en 1842 puis en 1884. Le lieu reste ensuite en sommeil, jusqu’à la reprise des recherches plus récemment, au début des années 2000.

En 2004, une découverte inespérée
C’est en septembre 2004 que tout bascule : dans une fosse d’à peine trente centimètres de profondeur, l’équipe de l’archéologue Christophe Maniquet met au jour, par pur hasard, un trésor exceptionnel : près de 500 objets et fragments d’origine gauloise. Des casques, des épées, des morceaux de boucliers, et surtout plusieurs carnyx, ces célèbres trompettes de guerre gauloises, dont l’un, à tête de sanglier (photo de couverture), est aujourd’hui connu dans le monde entier.

Détail frappant : tous ces objets ont été volontairement démontés ou mutilés avant d’être enterrés, un rituel qui permettait, selon les archéologues, d’ôter leur valeur marchande tout en conservant leur dimension spirituelle. Une offrande aux dieux, mise ainsi à l’abri du pillage.
À Naves, un musée qui prend soin de son trésor
Pour compléter notre visite, prenons la direction de la Maison du Patrimoine, à quelques kilomètres d’ici, à Naves. La bâtiment a été récemment agrandi pour accueillir dans de meilleures conditions cette collection unique au monde, climatisée et sous surveillance permanente. Une partie du trésor est exposée là. C’est dans ces nouveaux espaces que Monsieur Céron, retraité bénévole passionné d’archéologie, prend le relais et raconte les coulisses de la découverte : l’alerte donnée aussitôt, le site bouclé par la gendarmerie, la presse tenue à l’écart, le camion venu stabiliser les métaux dès le lendemain…
Le guide s’attarde sur le cheval, une pièce reconstituée fragment par fragment par les restaurateurs toulousains de Materia Viva, à partir de morceaux longtemps pris pour de simples plaques de bronze. « Pour les Gaulois, le cheval était l’insigne de la fertilité : c’est lui qui amenait l’âme des vivants sur terre, et qui raccompagnait celle des morts dans l’au-delà », explique-t-il. Il aime aussi raconter l’anecdote de ce visiteur, resté assis des heures durant devant la vitrine du cheval sans dire un mot, avant de se révéler être un spécialiste belge de l’archéologie, venu vérifier de ses propres yeux qu’il ne s’agissait pas d’une copie.

Casques, carnyx et une tête aux lèvres peintes
Parmi les pièces exposées, un casque à tête d’oiseau, resté quasiment intact au fond de la fosse, contraste avec les autres objets, volontairement frappés à coups d’épée. Un carnyx à tête de serpent, unique en son genre, complète l’ensemble. Des essais acoustiques menés sur des répliques ont permis de montrer que la forme si particulière de son embouchure droite, et non courbe, comme on le pensait avant les découvertes de Tintignac, double presque la portée du son. De quoi impressionner n’importe quel ennemi avant la bataille !
Le guide s’arrête à nouveau. Cette fois près d’une tête gauloise, trouvée dans les fondations du temple, sans lien direct avec le dépôt votif. Elle porte un collier à deux boules, signe distinctif d’un dignitaire gaulois : prêtre ou chef, impossible de trancher. Fait rare, elle a conservé des traces de peinture rouge sur les lèvres et les yeux.

La visite s’achève. Le groupe de motardes reprendra la route vers d’autres sites gallo-romains de la région, mais chacune retiendra sans doute l’histoire de cette fosse minuscule d’un mètre vingt de côté qui continue, plus de vingt ans après sa découverte, à raconter les Gaulois autrement qu’à travers les aventures d’Astérix.
Informations pratiques
Située place de l’Eglise à Naves, la Maison du Patrimoine présente les principaux objets restaurés (carnyx, casque…). Elle est ouverte aux visites :
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Du 1er juillet au 31 août : du lundi au samedi inclus de 14 heures à 18 heures.
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Sur demande au 05 55 26 60 16 (mairie) ou 06 87 34 72 68.
Toutes les informations à retrouver sur leur site.


